



.............................................................................................................................................Journal d'une pie (extrait)
Sous les pins dort un animal
La nuit il se réveille bleu
Il te conduit dans l'inconnu
Accompagné d'anges blancs et noirs
Leurs ailes soulèvent tes peurs
D'un coup tu aperçois les palmes
Promesses
En plein soleil culmine
Le palmier romantique
Décorum exotique
Apothéoseose ose ose
Et tu verras
roses roses roses
Les poussières derrière toi
Filets de ta barque fragile
Tous ces poissons d'argent
Embrasser des milliers de rêves
Toutes les fleurs sauvagesOubliées
Tous les sauvetages
Des épines sacréesMaintenant
Le monde est loin
Bleu

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"Quand les ombres du soir s’allongent dans la vallée, quand les jardins du jour s’emplissent de mystère et de musique, qu’est-ce donc qui fait ainsi battre le cœur ? C’est la nuit qui lentement s’approche et substitue aux claires différences la confusion, c’est la nuit qui passe l’estompe sur les frontières soigneusement dressées par la lumière du jour, et submerge dans son loisir infini les durs dilemmes du savoir. Les cloisonnements et les compartimentages de la raison diurne fondent dans la ténèbre diffluente, dans la nuit indivise : l’homme découvre un nouveau monde où toutes sortes d’espérances et de facilités magiques s’offrent à sa liberté. Car ce sommeil nocturne qui peu à peu nous enveloppe n’est pas une torpeur vide mais un sommeil peuplé de songes merveilleux : c’est le sommeil d’une conscience noctambule qui découche et se promène sur les toits. L’enchantement de minuit dédommage pour la perte de ses illusions l’homme copernicien désenchanté : il compense la résignation des individus à exister ici ou là ; il nous refait en somme une chevalerie et une magie. À minuit, n’importe quoi déteint sur n’importe quoi, les contradictions nouent dans l’ombre des pactes occultes, l’armée immense des possibles envahit les chemins de la causalité. Ce doux naufrage, cet envoûtement qui est l’effet de la nuit, sont nécessaires à notre existence ; oui, nous avons besoin de cette parenthèse enchantée ; nous avons besoin de ce ciel clandestin et d’une causalité féerique qui échappent aux obligations prosaïques du jour, nous avons besoin de cette poussière des scintillements et des constellations où s’embrouillel'écheveau des déterminismes, où s'enchevêtrent les fils de la causalité."
(Vladimir Jankélévitch, extrait de Quelque part dans l’inachevé, 1978)
Rêve Par kiwaïda at 04:06
Gris
27/01/2026
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Les Arts florissants
Cie Amala DianorPièce pour 6 danseurs et 6 musiciens
Créée en juin 2025 à la Philarmonie de Paris
Musique de Carlo Gesualdo (1566-1613)
Respons des Ténèbres (Tenebrae Responsoria) - 1613Paul Agnew, Direction musicale
Amala Dianor, Chorégraphie
6 chanteurs des Arts Florissants
et 6 danseurs de la Compagnie Amala Dianor
*
* Musique ancienne a cappella et danse contemporaine autour du compositeur baroque Carlo Gesualdo et du drame de la Passion, spectacle contemporain ces jours-ci, nommé : Gesualdo Passione.
Artiste de renommée internationale et pédagogue, le ténor et chef d’orchestre britannique Paul Agnew, né en Écosse, est un spécialiste de la musique des XVIIe et XVIIIe siècles et également interprète de choix des rôles de haute-contre du répertoire baroque. Dans cette nouvelle production, l'interprétation des six livres de madrigaux du compositeur baroque Carlo Gesualdo avec Les Arts Florissants, le premier volume des enregistrements (Harmonia Mundi), a remporté un Gramophone Award en 2020. Depuis 2019, Paul Agnew est codirecteur musical des Arts Florissants.
À l'Opéra de Limoges, ce début d'année nous a offert un spectacle épuré, structuré sur la téciture des 6 voix polyphoniques a cappella, dans un repertoire italien complexe, mis en scène dans une forme majestueuse et paradoxalement, de toute humilité. Il nous a offert des moments méditatifs rares, ou pédagogiques, par l'intermédiaire d'un écran et de phrases bibliques posées juste au-dessus de celui-ci, belle forme improductive que celle habituelle de l'écran géant, ici essentialisée : faire lire des textes au public, telle une démo, réduite à l'essentielle, répeter des textes, lentement, les laisser plusieurs minutes, tandis que les chanteurs et danseurs jouent ensemble leur partition, tels des illustrations picturales et auditives. Les ombres noires passantes sur l'écran font surgir des illusions d'optique sur la qualité mémorielle de l'écran (il est fait pour diffuser de l'image) juste un décor aux corps, nous parvenons à voir, parfois, des bas-reliefs, parfois des ombres chinoises. La qualité synésthésique de l'ensemble provoque un retour au texte, implacable. Cet espèce de karaoké contemporain, sur une scène commune, dans le noir quasi total, nous invitait, à lire, regarder, écouter, répéter, presque à énoncer, ce que nous savions tous, à savoir, ce que nous avions tous éprouvé, ce chemin passionnel du corps mis à l'épreuve du temps, de sa chair mortelle, et de la responsabilité du collectif autours, les conséquences, la faute, l'enseignement censuré, la police. La scène commence par le baiser de Juda.
Étrangement, ces premiers moments face à cet écran en fond, n'est pas sans nous rappeler l'usage particulier et très populaire, de lire les paroles des chansons favorites, en même temps qu'entendre le son de celles-ci, exemple sur le site web Youtube, plateforme de vidéos en ligne et média social, sur lequel les utilisateurs peuvent regarder, envoyer, commenter, évaluer et partager des vidéos visionnables en streaming, des années 2005. Dans cette mise en scène, écranique, le sacré nous impose le silence, on ne chante pas les paroles, on les intègre mentalement, le texte résonne, comme un déjà vu, déjà entendu, et les dispositions corporelles, chères à l'histoire de l'art et ses peintures exposées dans les plus grands Musées, (on pense au Louvre évidemment) Pourtant pour celles et ceux n'ayant jamais visité un seul Musée, chaque tableau n'est autre que celui de la vie et de la mort, de l'amour, ce que tout être humain éprouve, par l'expérience de la vie.
Amala Dianor, le chorégraphe de ce spectacle, métisse la scène et l'inscrit dans notre contemporanéité. Le mélange des genres, interroge constamment les positions des corps et des chanteurs et danseurs, dont on ne distingue pas, au début, qui chante et qui danse, l'illusion inaugurale est parfaite. La quête d’épure et d’absolu, se vérifie à chaque repositionnement dans l'espace, évidemment, cela se nomme : la chorégraphie. Ainsi, même celle-ci, est pédagogique, rien d'étonnant à ce que quelques classes de jeunes étaient accompagnés ce soir, afin de bénéficier de ce spectacle rare.
Le théâtre pictural des séquences impose le silence, car les chanteurs sont plus ou moins statiques, et la gravité, mais aussi, une dynamique électrique, vive, par la danse qui vient chahuter le corps solidaire des voix, elle questionne, le texte et les chants, en empruntant les gestes propres du corpus de la danse contemporaine et urbaine - comme le waacking propre à l'expression du rejet, de sa gifle ("whack") dans le répertoire afro-américian ou latino, ou des résurgences du hip-hop.
Amala Dianor intègre l’école supérieure du Centre National de Danse Contemporaine d’Angers dont il sort diplômé en 2002. Pendant dix ans, il est interprète et s’inspire de toutes les techniques. Avec cette symbiose du répertoire baroque allié à de nouvelles gestualités, les mouvements bruts ét élégants convoquent une altérité sublimée par les alternances de lumière blanches et des noirs, avec quelques néons lumineux pour seuls éclats rythmiques posés en écho à l'art minimal des années 70, comme des bougies légèrement vribrantes. Sa danse-fusion hybride les formes classiques de la chorale, et se joue autours du danseur Damiano Ottavio Bigi, formé à l'Opera de Rome, (passé par Pina Bausch) drapé de blanc, puis torse nu. Il interprète le Christ, en déployant une plastique du corps picturale, laissant aux spectateurs et spectatrices, le pannel imaginaire des peintures classiques des clairs obscurs (Le Chiaroscuro connaît son apogée durant la période de l'Art Baroque vers les années 1600) Ses poses arrêtées et suportées par les chanteurs, dans des postures plus statiques, laissent la dramaturgie spirituelle prendre toute sa dimension dans l'espace afin de sublimer l'écoute des voix, le chœur des six chanteurs et chanteuses.
La passion du Christ ravive souvent des débats passionels, à juste titre, c'est historique, dans ses interprétations cinématographiques notamment : la relation entre éros et mystique, les vêtements déchus, le corps du Christ, questionnent l'innocence, la projection, le fantasme, la possession, le pêché, la lascivité, ce qui se partage, la fidélité, la connaissance, le mystère, nombre de tableaux ou sculptures de l'histoire de l'art incompris, se trouvent censurés.
Ce spectacle évite les écueils du genre, sans pour autant éluder la fascinante beauté du corps dansé.
Le corps du danseur Damiano Ottavio Bigi interprétant le Christ, est sublimé par un agencement de lumières discrètes, ou d'éffacement, - par exemple, les pieds des autres danseurs et des chanteurs, sont revêtus de chaussettes noires, détails subtils, afin de mettre en valeur la partie plus haute (des voix et du spirituel, de l'âme) et créer une focale sur le danseur éclairé, seul pieds nus. Les chaussettes noires s'enfoncent dans le sol noir, le corps blanc éclairé déchu de sa croix, après être porté, symbolise le principe de verticalité, le haut, le bas, la mort, puis l'au-delà, l'invisible.
Venus du Burkina Faso, d’Italie et du Sénégal, issus de formations classiques ou des danses urbaines, les danseurs convergent harmonieusement pour s’adapter au style solennel de la musique, dans le continuum infini des voix, de leurs gestes lents et sensuels mais aussi douloureux que les motets, (formes vocales et polyphoniques élaborées savantes, les plus importantes de la musique polyphonique entre 1220 à 1750)
Si Paul Agnew compte parmi les plus grands spécialistes de la musique du napolitain Carlo Gesualdo, il s’entoure ici, de chanteurs spécialistes de ce répertoire. Tenebrae Responsoria, écrits pour les trois derniers jours de la Semaine sainte, racontent dans une polyphonie très travaillée les derniers évènements de la vie du Christ.
En 1611, peu avant sa mort, Gesualdo publie les Répons pour la Semaine Sainte. L’intensité du sujet inspire au compositeur l’une de ses musiques les plus belles et les plus expressives, sur une trame bien plus ample que celle qu’un simple madrigal pourrait offrir. Dans ce récit où s’expriment les souffrances du Christ endurées par amour, le corps occupe une place centrale.
La Passion du Christ chez Gesualdo (grand musicien qui vécut entre 1500 et 1600) est née comme un mouvement socioculturel et religieux destiné à être projeté au niveau international. Les âmes tourmentées du musicien se confondent avec les souffrances de Jésus sur la croix. Les larmes de Marie ébranlent les cœurs des soldats romains.
Dans ce spectacle contemporain, le corps de Jésus, (du danseur) déposé dans les bras d'une mère souffrante et consciente de la rencontre qui a eu lieu entre Dieu et son fils, s'accompagne de tous les témoins, les autres danseurs, chanteurs, comme des ombres d'un collectif plus large et hybride, sur une scène iconographique et sensuelle. Enchantement et in- finitude, résurrection, les esprits troublés rencontrent enfin la paix, puis la vie.
Fascinante expression du corps dans la profondeur des voix résonnantes témoins des chanteurs imperturbables.Le spectacle Gesualdo Passione est un chant des ténèbres éclairé par les gestes dansés. Paul Agnew explique que « Dans les Tenebræ Responsoria (Répons des ténèbres), Carlo Gesualdo (1566-1613) développe un langage chromatique complexe ». Publié en 1611, le recueil compte 27 répons et un Miserere. Ils ont été conçus pour accompagner les Leçons de ténèbres, lectures généralement psalmodiées, extraites des Lamentations de Jérémie. Durant ces prières, les cierges étaient éteints progressivement jusqu’à plonger l’assemblée dans l’obscurité. Le spectacle présente 9 Répons, tirés des trois offices. Les versets des Répons sont une méditation sur la mort, la culpabilité, le repentir et la rédemption.
« L’esprit est prompt mais la chair est faible », dit un répons.
La trahison de Judas, puis le cri d’agonie, provoquent un chant de délivrance, l'expression de la foi, au-delà du désespoir. L'exposé des circonstances dans le paysage biblique, fait surgir, par les danseurs, des formes de protestations, de révoltes avec le fameux :
« Père pourquoi m’as-tu abandonné ? ».Les musicologues voient, dans les souffrances de la chair et les tourments de l’esprit exprimés par l’œuvre de Gesualdo, une traduction de sa propre violence, car ce richissime prince napolitain fit assassiner sa première femme et son amant, puis martyrisa sa seconde épouse, sans jamais être sanctionné, la noblesse de l’époque étant au-dessus des lois. Mais, possédé par des démons intérieurs et les affres d’une culpabilité délirante, ils se livrait à des mortifications pénitentielles extrêmes, qui finirent par lui coûter la vie. Quelques années avant sa mort, il fit d’ailleurs peindre un grand tableau intitulé Le Pardon. Son génie musical trouverait sa source dans les méandres de son masochisme semblable à une liturgie.
Propices aux arts de la scène, de la musique et de la poésie, les compositions du musicien inspirent toujours, des siècles après sa disparition, rites, cérémonies et prières, actes de piétés, tableaux anciens et contemporains, autant de matières artistiques et culturelles, pour les créateurs et créatrices d'aujourd'hui, dans les recherches inventives de l'histoire contemporaine de la danse, issues du classique.
Opéra Par kiwaïda at 23:53
Voix
31/01/2026
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Photographie © Sonia Marques
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Comme moi
Vous cherchiez ce qui brille
Aux souvenirs des fêtes sequins
Mais plus rien n'a d'éclat
Reste le souvenir
Une coquetterie
Désuette, sauvagement libre
Une capacité stupéfiante à sortir de son temps
Pour
Toucher vos coeurs
Dans
La tourmente moderneReste le souvenir
Baroque mourant
Des
États d'âmes mystérieuxReste une poignée de génie
Pour
Décrypter tous ses préssentiments
Ses nuits
Et
Ses joursSeule
Et
La passion mystique
Son expiationReste le souvenir
Et
La miséricorde
Poésie Par kiwaïda at 00:14
Foi








