La vérité








La vérité / Dessin, peinture / très grands formats / 2013-2016

 

Cet ensemble de dessins représente des mots ou des phrases énoncées, écrits et reçus par courrier, le plus souvent en recommandé avec accusé de réception, signés par la directrice et/ou le secrétaire général, de 2013 à 2016, dans un cadre professionnel, une école d'art française, à Limoges.

Au préalable une collecte de ces mots reçus fut juste listée. Ces mots forment des affiches aux caractères typographiques gras, leurs sens forment des injonctions, des insultes, des menaces, destinés. Si ce destin, personne ne l'envie, il se trouve qu'il a bien été dédié et ciblé. Aujourd'hui ces mots qui représentent la banalité du mal, comme le décrivait la philosophe Hannah Arrendt, sont libérés et remis en forme par mon expression artistique. Il ne me sont plus dédiés, le public doit savoir, la honte doit changer de camp. Quelques années ont passé, c'est le moment de pouvoir montrer. La monstration est bien ce monstre que nous avons vu. Le voici.

 

Les affiches :



Les grands dessins :

 

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La vérité / Dessin, peinture / très grands formats / 2013-2016

 


Ce sont de très grands dessins infographiques imprimés, dont la facture est celle de l'histoire de l'art du graffiti, du gribouilli, de la biffure, rature, déchirure des mots, de leur coulure, hachure, découpage, dans un rapport plastique et un jeux formel avec les effets, d'une autre histoire, celle de l'infographie, du dessin à l'écran, à la palette graphique.

Une analyse systémique du harcèlement moral et du pouvoir discrétionnaire des institutions françaises fut au préalable étudiée avec différents interlocuteurs et interlocutrices professionnels (juge, avocat, médecins, employés, retraités, artistes, professeurs, théoriciens, syndiqués, directions, sous-direction…)

L'objectif d'un harcèlement moral en milieu professionnel, est d'isoler un.e salarié.e des autres collègues, soit physiquement (le lieu de travail) soit par d'autres moyens (ne plus avoir accès aux informations, réunions…) soit par le biais de communications perverses (mails, courriers, remarques) dans la durée. L'usure et la répétition des actes, sont les principaux moteurs qui visent à une destruction psychique de l'individu et peut donc provoquer son suicide.

Ce harcèlement est d'autant plus actif lorsqu'il débute dans des systèmes clôts, où le degré d'ouverture et de communication est faible. Comme un virus, une fois qu'il est dans un lieu fermé avec plusieurs personnes dedans (école, prison, hôpitaux…) tout le système est contaminé, dès lors que personne ne le détecte. Chaque salarié du système, pour sa survie, va collaborer au harcèlement moral sur un individu choisi, en général celui ou celle considéré.e comme faible, sans ressource, brillant.e, intelligent.e, sensible, pacifiste, car pas une seule tête ne doit dépasser. La médiocratie est ainsi révélée et son rôle est d'éliminer les plus ingénieux.

Repérer l'agression, un fait, devient alors très difficile. Car ce n'est pas un seul fait, c'est une succession de faits et d'actions nocives et chaque salarié va y collaborer. La somme de toutes ces agressions sur un individu peut devenir extrême sur la santé et définitivement le couper des siens et de sa dignité humaine. Cet individu sera considéré comme un déchet. Il n'aura plus sa place dans la société.

Dans ces cas de harcèlements, on peut remarquer que l'ensemble du système clôt est touché, de façon invisible. Une fois que ceux considérés comme étrangers sont rejetés, tous les autres qui restent, se trouvent dans une souffrance invisible et souvent très longue, non détectée ni analysée. Pendant des dizaines d'années un système très nocif, dont la structure se compose uniquement d'actions de harcèlement, va transmettre assez facilement ses agissements, car celui-ci reste clôt et aucun contrôle ne peut s'effectuer car ce qui est affiché, est totalement falsifié afin qu'il perdure. Un système nocif, peut avoir une histoire très longue, sans qu'aucun des employés, qui changent à chaque fois, ou tombent gravement malade, ou meurent, ne soit jamais informé de cette histoire tue. Le point de rupture n'est pas atteint car il est entretenu par le pouvoir d'un pays, il est alimenté financièrement, lorsqu'il ne tient qu'au système financier. Chaque gain apporté financier, devient alors la dose supplémentaire de drogue aux malades du système. Il y a des overdoses.

Dans l'art, cette situation est réversible à souhait. L'expression artistique a, depuis des siècles mesurer la violence, en la rejetant fermement et en l'affichant. Des formes différentes et historiques font références, qu'elles soient pacifistes ou activistes, de l'ordre de la désobéissance civile, ou radicales, avec des conséquences aussi violentes ou des retournements de situations positives, politiques, éthiques, esthétiques, etc.

J'ai rencontré un grand nombre de personnes, toutes singulières dans des situations complexes qu'elles n'avaient pas choisie ou méritées (la question du mérite ici est un leurre) Certaines savent exactement de quoi il en retourne de telles situations et ont fini par décréter forfait, se sont coulées dans un rôle attribué, le plus souvent celui du malade (et toute forme de maladie est acceptée) de l'inapte ou le/la diminué.e, le/la fragile, l'idiot.e même jusqu'à le mimer assez bien pour avoir la paix. Chacun.e en fermant les yeux soigneusement lorsque l'un.e d'entre eux disparaissait définitivement. D'autres ne savent rien, n'ont aucune analyse, et le plus souvent ce sont ceux-ci et celles-ci, qui décident du sort des un.es et des autres, se retrouvent à des fonctions de gouvernance, de direction. C'est ainsi que j'ai observé une dérive dans le pays où je vis, une place forte faite aux extrêmes favorisant la mort de l'art et des cultures, des civilisations.

Pourtant, il y a des voix qui s'élèvent contre cette fatalité, ce destin dans lequel nos histoires s'épuisent de manifester.

Je m'inscris, en tant qu'artiste et professeure dans les écoles d'art, dans cette histoire. Lutter contre les violences et les discriminations, en exprimant celles-ci, comme un miroir, mais en les interprétant à ma manière. Reprendre les mots reçus et se les approprier comme on le souhaite, en faire une oeuvre d'art c'est devenir le plus beau déchet.

Car dans les systèmes clôts, l'art qui dépasse les frontières, n'a que faire de ces limites imposées et criminelles. Le détournement de pouvoir, l'abus de pouvoir devrait toujours nous interpeller. La responsabilité revient à celles et ceux qui ont tu ces actes, les dénoncer revient à s'engager et rester vivant face aux extrêmes, donner l'accès au lumineux face à l'obscurité totale.

Je questionne qu'est-ce qu'être artiste aujourd'hui dans des systèmes nocifs et parmi les overdoses ?

Des choix s'imposent à nous : tu cries ou tu meurs, tu dis ou tu te suicides, tu exprimes et parles ou tu tues tout le monde, tu fais de l'art ou tu jettes une bombe, tu pleures ou tu fais la guerre, tu souris au monde ou tu le détruis.

Je dédie ce travail à celles et ceux qui ont renoncé, mais aussi à l'histoire de l'art et nombre d'artistes qui nous ont montré la voix.

À ma banlieue que je n'ai jamais oubliée.

2016 - SM

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La possibilité d'une existence libre.
La tonalité privilégiée de ce chemin parcouru à rebours ne peut être que transi d'angoisse.
L'« être-esseulé »

En septembre 2015, je fus convoquée au tribunal de Limoges, la ville où j'habite, je créé, dans laquelle j'ai enseigné aussi pendant plusieurs années.
Au motif d'une dette envers l'école à laquelle je devais m'aquitter de 134 euros et quelques, sur un matériel que j'aurai rendu sale.

Cette convocation s'inscrit dans l'ensemble des courriers reçu, une des formes du harcèlement moral subit. Concernant cette dette, l'un de ces courriers accusateurs décrivait ainsi la punition:

Suite à mes multiples demandes et notamment mes courriers des 25 mars et 8 décembre 2015, vous avez enfin restitué, le 7 janvier 2015, l'ordinateur et son chargeur qui vous avez (faute d'orthographe ainsi écrite) été prétés au titre de vos fonctions de coordination lesquelles ont cessées le 30 juin 2011.
Cette restitution entraine de ma part les observation suivantes :

- Je remarque que l'appareil est remis dans un état de saleté remarquable (traces de déchets alimentaires, terre…) Ce constat confirme le peu d'intérêt et de soin que vous avez eu pour cet équipement de l'école.


La confusion entre l'objet et le sujet, l'ordinateur et la professeure est évidente. Le verbe avoir est conjugué avec le sujet et non l'objet, cette faute d'orthographe assimile l'objet au sujet par le verbe avoir. L'être disparaît intégralement. Ce n'est plus l'objet qui est sale, mais le sujet. La professeure, par cette confusion dans laquelle la direction entraine l'ensemble des lecteurs, devient le déchet à rejeter et celui-ci doit être puni, car il est sale. La dette est chiffrée. Payer cette dette revient à payer pour avoir été sale, payer pour accepter d'être rejetée, dans cette confusion totale.

Ce courrier est d'autant plus symptomatique du harcèlement qu'il accuse la professeure en l'envoyant au tribunal de conciliation (comme si les deux parties étaient des particuliers, et non une école publique financée par l'État), là où se jouent le plus souvent des conflits de voisinage.

L'affaire se définie donc ainsi, nullement touchée par ce qu'elle avance de pénal, de harcèlement moral.
Elle serait ainsi, uniquement une affaire de petits particuliers et d'entreprise privée, et de dettes, entre petits malfaiteurs, transformant, par là-même, la professeure en voleuse.
Il n'y a plus d'école, ni de niveau supérieure, ni de protection, ni de fonction étatique, ni de discernement, la confusion est totale et sera jugée comme confusion totale.

La mise en abîme de cette confusion, c'est que cette convocation sera reportée, car le jour même, une autre confusion est venue s'ajouter au procès : Le nom.

Et c'est par là que tout commence : Égratigner le nom.

Il y a eu une confusion sur mon nom, la séance s'est faite sans ma participation alors que j'étais à l'extérieur en train d'attendre mon tour parmi une vingtaine d'affaires convoquées, un homme à terre tombé dans les pommes, pas de pompiers, une désorganisation totale, des affaires de viols. Je fus donc jugée parmi les autres violeurs.
La greffiè a appelé un autre nom, avec une terminaison étrangère, l'agente comptable de l'école s'est alors présentée à ce nom étranger, qui devait alors être le mien, que je n'ai donc pas reconnu.
Dans une salle, l'affaire s'est conclut, sans ma participation.

Plusieurs minutes plus tard demandant quand je devais passer et présentant ma convocation, la gréffière m'a dit que c'était terminé, j'avais une saisie sur salaire, l'affaire venait de se passer, sans que je ne sois conviée à la conciliation, sans que l'on m'entende à ce sujet, mais avec un autre nom.

Il ne pouvait pas en être autrement, car dès le début, un procès fut inventé sur de fausses accusations et sur l'idée d'un nom étranger, totalement inventé, c'est à dire, l'école faisait le procès de l'autre, de l'étranger, mais jamais je n'ai eu la parole, car ce n'était pas moi dont il s'agissait, mais cet autre qu'il fallait rejeter.

L'agente comptable représentant l'école venait même d'être embauchée dans l'école, je ne pouvais connaître de près ou de loin le visage. Elle s'est présentée en qualité de la partie adverse, répésentant la directrice qui me faisait alors le faux procès, absence et lâcheté au menu. Lorsqu'elle a entendu un nom à consonance étrangère, elle s'est présentée à l'audience, mais ce nom, ce n'était pas le mien. Et l'audience s'est effectuée sans ma présence. Alors que j'étais bien là. La sybilline se transforme en sublime.

Nous ne nous connaissions pas. Elle ne m'a jamais vue. Je ne l'ai jamais vue. Elle ne connait pas mon nom. Elle ne sait pas qui je suis. Elle est entrée sur l'idée que ce nom étranger serait le mien et elle a plaidé accusée coupable, et la saisie s'est faite dans cette confusion et ce mépris de l'autre, de la fonction, de tout le récit.

Ceci est un symptôme de l'usurpation d'identité contemporaine. Il faut trouver des accusés d'office coupables à la faute de la confusion, du non-sens absolu, de la désorganisation.
Et le coupable idéal, c'est l'étranger, celui que l'on ne connait pas, ne connaitra jamais, qui est détaché de tout, et qui finalement n'existe même pas.
Le coupable idéal. Et ici, le genre est féminin : la coupable idéale. Il y avait une agente (la représentante de la directrice) la juge et la gréffière et une assistante, un monde de femme pour une affaire hautement misogyne. Le sexisme n'a pas de sexe. L'ordinateur non plus. Restera impuni le responsable informatique, protégé par toutes ces femmes. Il a lui-même comptabilisé les achats de réparation (son rôle) mais qu'il souhaitait m'ordonner, me faire payer (Quoi ? Que je sois une professeure en multimédia, ce qu'il n'est pas ? Une femme ?)
Je ne saurai jamais ce qui a motivé la directrice dans ces actions extrêmes, sans aucun doute, en partie, son ignorance de l'obsolescence programmée, et pour l'autre partie, son ignorance de mes cours bien engagés, et mes bons résultats pédagogiques. Je n'ai jamais eu de dialogue avec la direction, je ne sais si elle a des connaissances artistiques. Pour agir ainsi à l'encontre d'une artiste, c'est avoir une dent contre les artistes et les professeures compétants dans leur domaine. Cet ordinateur avait servi aux étudiants qui participaient à un projet de recherche présenté au Musée du Jeu de Paume en 2012. Elle n'était pas encore arrivée, mais a certainement eu vent de ce projet félicité par un article élogieux dans la presse nationale. La boucle est bouclée. Nous voici bien avancé avec le tribunal, pour avoir osé présenter un projet de recherche au Musée et convié des étudiants ? En l'occurence, l'étudiante qui a présenté son travail en conférence, fut elle-même harcelée ensuite et n'a pas pu passer son diplôme. Tout cela fut scellé secret par les collègues témoins inscrits au club des mutiques anonymes.

La liste serait longue et le harcèlement perdure dans le temps. En novembre 2016, la direction effectuera une saisie importante sur mon salaire, sans m'informer, sans motif et qui sera mise à l'exécution par les services de l'Ètat, en fin d'année. L'objectif était de m'assécher, afin que je ne puisse plus enseigner normalement et que cette action par surprise me sidère et bloque toute possibilité de dénonciation de mes collègues n'ayant jamais eu de tels agissement dans leurs carrière. Ils furent tous, dans l'obligation de se taire et tous m'ont exclu. J'étais devenue, aux yeux de tous les fonctionnaires, les employés, les professeurs et directions, les étudiants, une étrangère, qu'il ne fallait ni saluer, ni contacter, ni parler en bien. Le mot d'ordre fut celui de m'associer à la saleté, au déchet social. Puis en janvier 2017, j'ai reçu des menaces, puis j'ai démissionné, une action ultime de ma part avant le pire.

Je n'ai plus aucune nouvelle de collègues ou d'étudiants. Dans ma ville, si je croise (rarement) un étudiant dont j'ai accompagné le travail durant des années, et qui a eu son diplôme, ou si je croise un collègue (encore plus rare mais c'est arrivé), ils et elles baissent la tête ou s'enfuient. C'est un apprentissage de la lâcheté. Parfois je peux sourire en sachant que ces personnes s'affichent "pour les migrants" ou toutes ces choses là, "contre les violences faites aux femmes", toutes ces choses là, que les écoles d'art veulent bien nous amener comme idée, au cas où personne n'en aurait. Heureusement, ils et elles restent dans leur campus, loin du centre ville. Les habitants me connaissent bien à présent, mais ils ne savent pas ce qu'il m'est arrivé. C'est une ville que j'aime, malgré tout. Un jour, je leurs raconterai cette maudite histoire, et ce jour là, nous rirons ensemble, car cela sera loin derrière, et nous, le ciel nous éclairant davantage.

Le réseau des écoles d'art en France, de ce point de vue, se résumait à un réseau non solidaire ni engagé, qui est ainsi voué à transmettre ces pratiques dans le cadre éducatif de leurs institutions.

Fin 2017, partout en occident, les affaires de harcèlements éclatent. La ministre de la culture en France énonce des harcèlements dans les écoles d'art nationales, dont elle est la tutelle. Elle fait une annonce officielle et enjoint les salariés à dénoncer ces pratiques de harcèlements. Mais ce n'est qu'une annonce de plus. Les agresseur.es restent impuni.es et celles et ceux qui osent dénoncer, exclus de ces écoles.
Ad vitam æternam.

Dédicace à toutes celles et ceux qui n'ont jamais été entendu.es.

2017 - SM

 

 

2018 >
Ce qui me fait doucement rire, c'est que sont envoyés des ordres d'en haut, afin que toutes les écoles d'art appliquent les règles de l'écriture inclusive. Dans une école où le harcèlement moral et/ou sexuel est structurel, lorsque l'on fait partir les femmes professeurs et artistes, que des membres du personnel, des femmes sont licenciées alors qu'elles ont été harcelées par la direction, que toutes ces femmes soient remplacés par de jeunes hommes sans compétence... Ce sont dans ces écoles supérieures que l'ordre est donné, au nom de "l'engagement à l'égalité entre les femmes et les hommes" d'appliquer l'écriture inclusive ! Et mieux, si cet ordre est transmis par une femme à une direction. C'est là, le seul engagement trouvé : demander à tous les employés et les étudiants et étudiantes d'appliquer ces règles, car il y a plus de filles étudiantes que de garçons ! Lamentable.
Continuez à virer des femmes de leurs emplois par harcèlements et imposez ensuite l'écriture inclusive, ainsi cette représentation institutionnelle, une nouvelle fois, masquera les pires abus. Des statistiques sans vie, non animés d'un véritable engagement et respect des femmes et des hommes, de leur travail.
Confusions managériales assurées et triste constat de l'aveuglement qui vient d'en haut et refuse de voir la souffrance engendrée au travail.
Et "La saleté" c'est au féminin et cette injure et qualificatif, a été envoyé par une femme, qui n'a pas eu besoin de l'écriture inclusive pour abuser de son pouvoir.

 

 


© Sonia Marques - 2017