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blog m kiwaïda

20/04/2019

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Photographies © Sonia Marques

Ma douceur d'un paysage limousin. Ni contrasté, ni relief puissant, lorsque je marche dans ce pays du limousin, c'est une douceur du paysage avec des nuances subtiles, sans excès. Point de pics, ni de hautes montagnes, point de versant pentus, mais quelques vallées profondes et ouvertes, on peut définir des plateaux aux collines qui se rencontrent. Les sommets sont arrondis. Artiste dans ce paysage, photographier ou prendre ses marques, fidèle à mon nom de famille, ressemble fort à un regard de peintre sur cette douce campagne. On peut y passer sans prendre garde aux multitudes variétés et pétales et délicieuses sources, tant cheminant, on se laisse songeurs à nos turpitudes quotidiennes. Mais, si tel une peintre dans l'âme, que je suis, avec beaucoup plus d'attention, je dévale les plateaux aux boutons d'or et pissenlits sous la fraîcheur d'un soleil pur de printemps débutant, de ce petit printemps pétillant, alors je parcoure les ruisseaux comme je regarderai une cascade du pauvre avec admiration : on ne peut rêver plus grand, quand tout se love dans votre main. Les terrains de bruyères, ses châtaigniers et puis comme le disait l'agronome, l’anglais  Arthur  Young  qui parcourait  le Limousin en 1787 : "Aucune trace d’habitation humaine ; ni  village,  ni  maison,  ni  hutte,  pas  même  une  fumée  qui  trahisse  la présence de l’homme ; un paysage américain, si sauvage qu’on s’attend à  y  rencontrer  le  tomahawk  de  l’Indien.  Les  routes,  dans  toute  cette région, sont vraiment superbes, très supérieures à tout ce que j’ai vu, en France ou ailleurs."

Le vert, oui le vert, mais aussi le rouge et le bordeaux, le bleu du ciel et les nuages blancs, le jaune partout, et ce rose sombre des racines, de ce que l'on observe en transparence des eaux ruisselantes bordées de cailloux et pierres, vallées et le turquoise du fond des paysages, celui qui projette les arbres au loin, comme des ombres paupières, ce bleu d'orient qui se noie dans le ciel, alors que nous sommes devant un parterre vert brillant, étincelant même, une mousse qui ne s'est jamais asséchée, un drôle de tapis. Oui cette terre limousine serait donc drapée d'une tapisserie verte, mais non poussiéreuse, pas celle d'Aubusson que l'on conserve encore. Non la limousine est sauvage mais douce, c'est-à-dire que cette campagne n'est pas faite pour les m'as-tu vu. Pourtant, on ne peut pas dire que le paysage est modeste non plus, il est dense et sait protéger qui souhaite trouver refuge.

Nos enfances d'anniversaires rassemblent tous les ruisseaux de ces vies limousines, sauvages et douces,
tel les pissenlits, semés à tous vents.


Paysage Par kiwaïda at 19:44

18/04/2019

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Art Par kiwaïda at 00:36

15/04/2019

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Le vent, l'énergie solaire.

Photographies © Sonia Marques




























Paysage Par kiwaïda at 13:18

04/04/2019

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Animal Par kiwaïda at 23:17

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Photographies © Sonia Marques


Paysage Par kiwaïda at 01:02

01/04/2019

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Dessin du livre "les picolores" © Sonia Marques
Aujourd'hui 1er avril, je repensais aux poissons et à mon livre réalisé : Les picolores. Le 25 mai 2016, je donnais une conférence sur une sélection de travaux artistiques de ces dernières années à l'École nationale supérieure d'art de Bourges, Intitulée Mouvance. Il y avait un seul professeur (de la théorie) présent, et pour cause, je ne faisais partie d'aucun parti, ni de propagande, ni d'élus, ni syndiquée. Tous mes étudiants présents. D'ailleurs, je n'ai jamais eu cette idée saugrenue comme c'est le cas cette année, dans les écoles d'art nationales en région, de bloquer les cours, les notes, ni les concours d'entrée, ni de faire grève pour gagner plus et travailler moins. Il y a tellement de problème de racismes, de harcèlements, de violences, dans ces écoles, que faire grève pour les statuts desdits violents professeurs est bien une signature de leur impuissance à faire réellement bouger les choses (c'est pour avoir l’adhésion obligatoire de tous sur, justement leurs pratiques, et surtout ne rien faire bouger pendant encore les années à venir). D'ailleurs, je me suis toujours demandée, avec de tels arguments que rien n'avait bougé durant au moins vingt années, comment des professeurs pouvaient encore adhérer aux mêmes élus représentants syndiqués depuis toutes ces années, sans faire le constat alarmant qu'ils avaient signé et été emmenés en bateau durant tout ce temps comme des moutons, par des personnes sans aucune volonté de faire évoluer leur statut. Après, ils s'estiment tous bien représentés, et oui, cela fait un monde tout de même, sans conviction, d'artistes subventionnés. J'ai toujours enseigné jusqu'à ce que j'ai pu le faire, avec enthousiasme et une belle joie. Je n'ai jamais voulu prendre en otage les étudiants, une tendance sans courage des professeurs. Je ne me suis jamais sentie dans l'obligation de justifier de mon enseignement, ou de valoriser mon statut, ni de créer de pétitions avec une cohorte d'artistes distants et mutiques pour prouver que je suis légitime en tant qu'artiste, ou faire pression au ministère et influencer un ou deux journalistes, pour en avoir vu les dégâts et la récupération enflée par des féministes en communauté fermée (si j'étais un homme, aucune femme n'actionnerait le système "féminisme" qui espère une place au pouvoir toujours de sa communauté, à laquelle je n'ai, encore une fois, aucun parti, ni adhésion) C'est bien pour ces raisons, que j'ai été exclue, par force du cirque foutraque. Qui ne se soumet pas, ne peut travailler, ni enseigner, car il faut faire petite copie politique, pas de création. Et pour grossir les listes, même les non enseignants sont les bienvenus, les morts et les étudiants embobinés, les secrétaires, puisque le ministère a déjà abandonné de s'intéresser à ces écoles, tout est possible. Il ne faut pas s'étonner des climats délétères.
Laissez-nous cette naïveté artistique de ne pas connaître les loges du pouvoir et de continuer à travailler avec passion, et que tous ces frustrés du pouvoir et de la politique fassent un effort de plus pour se diriger vraiment du côté de la politique, en laissant les études artistiques libres de toutes démagogies, avec leur sensibilité, leur temps de création. Elles en sont envahies et suffoquent.
Je l'observe à présent, quel cirque tout ce gâchis ces énergies, ces réunions, depuis si longtemps ! Elles ne produisent rien ces réunions, parce que la pensée fait défaut. Pour dire avec expérience, c'est une pensée par défaut, ce qui va avec l'esthétique, un systématisme par manque de temps et d'engagement. Il y a une vraie paresse de la pensée. Par facilité, il y a une répétition grandiose mais si mal vécue par les professeurs qui signent sans se poser de question. Comme je l'ai déjà explicité par le passé, à défaut de, la singularité se développe, dans un jardin, un isolat inaccessible. L'imaginaire est la plus belle part de mon enseignement et y donner l'accès fut des chemins que j'ai traversé avec bonheur, avec chaque étudiant, étudiante, dans sa singularité.
 J'ai explicité ma réflexion pour ce conte à destination des adultes, lors de ma conférence, mais je n'ai eu le temps de le lire, car lire une histoire prend déjà tout le temps d'une conférence, j'ai fait le choix d'en restituer la genèse et le cheminement de pensée. J'aime beaucoup ce conte et comment il est arrivé à se créer dans mon imaginaire. Voici ce que j'ai raconté.

"C’est un conte que j’ai écrit au mois de janvier 2016. C’est l’histoire d’un dessin. Je marche souvent, sans connaître les chemins et parfois sans carte. Voici que l’hiver dernier je rencontre un chat au milieu de mon chemin, dans le lieu dit, nommé « Gain », de la commune d’Isle, dans le Limousin. On dit du gain que c’est une action de gagner, par exemple : le gain d’un procès. On dit aussi que le gain de temps ou de place fait que l’on obtient un avantage. On dit aussi que l’on peut retenir un gain énorme de ses lectures. Mais surtout, le gain est bien plus entendu comme un bien à obtenir et de nos jours, on peut facilement céder à l’appât du gain. Dans ce lieu-dit du Gain, de la commune d’Isle, le chat est venu vers moi et m’a observé, sans bouger. Ses yeux étaient ceux d’un être humain, de son fantôme. Dans ce temps d’observation mutuel, il m’a délivré une histoire. En retournant chez moi, j’ai dû réaliser un dessin de cette histoire, puis j‘ai ensuite retranscrits à la lettre, le conte. Voici ce que le chat du Gain dans cette île, me racontât. C’est l’histoire des picolores.
 Je me suis inspirée de la literatura de cordel, des productions populaires traditionnelles du monde ibérique et plus particulièrement du Nord-est du Brésil, un lien ténu entre l’oralité et le colportage, souvent dans des régions touchées par l’analphabétisme. Car c’est toute une histoire des migrations et de l’exil qui est en jeu, d’aventures sociales. L’écriture de ce conte comporte une facture et des typographies proches de celles trouvées sur la literatura de cordel mais adaptée à l’écran aussi bien qu’aux impressions papier et rejoint l’autoédition. Son sujet est aussi une fable contemporaine, un conte social et il est fait pour être colporté. Petite histoire de la literatura de cordel : A l'époque des peuples conquérants gréco-romains, Phéniciens, Carthaginois, Saxons, etc., la littérature de corde existait et est venue dans la péninsule ibérique (Portugal et Espagne) autour du XVIe siècle. On nommait cela « folhetos » au Portugal, comme « feuille », « volante ». Du Portugal au XVIIe siècle, la littérature de Cordel est arrivée par les colonisateurs au Brésil, au XIXe siècle, à Bahia, à Salvador. Ces livrets sont réalisés par des poètes du peuple, pour un journal du peuple. Les Cordels se compose principalement de longs poèmes narratifs, appelés «romans» ou «histoires», imprimées dans des séries et des brochures de 32 ou rarement 64 pages qui parlent de l'amour, les souffrances ou les aventures dans un discours de fiction héroïque, des défis, des batailles, des faits de la vie quotidienne, des épisodes historiques, des thèmes religieux, c’est un loisir et un bon moyen d’information, de revendications sociales et politiques. La littérature de cordel est d'une inestimable importance pour véhiculer les identités culturelles locales et les traditions littéraires régionales ; elle contribue à la perpétuation du folklore brésilien. Le fait que les œuvres soient publiées dans un nombre élevé d’exemplaires et fassent l’objet d’une lecture publique, favorise l’habitude de lire. Cette littérature est imprimée sur des petits feuillets de papier bon marché, avec une couverture un peu plus épaisse. Le format est d'environ 11 à 16 cm soit une feuille format A4 pliée en quatre, ce qui donne des pages multiples de 8, 16 ou 32 pages, rarement plus. En ce qui concerne la couverture des folhetos, elle est reproduite par le procédé de xylogravure, la gravure sur bois. La xylogravure est la porte d’entrée de l’imaginaire du fascicule de cordel, c'est donc elle qui attire l'attention des lecteurs et les invite à entrer dans cet univers. De ce fait, l'expansion du cordel est devenue plus grande à partir de la Révolution Industrielle et l’arrivée de l'imprimerie au Brésil. Les gravures, appelées xylogravures, représentent un important héritage de l'imagerie populaire et sont vendues dans le monde entier. Enfin, la diversité des thèmes qui touchent la critique sociale, la politique et les textes d’opinion, fait que la littérature de cordel a un impact remarquable du point de vue didactique et éducatif.

Ce conte est très important car il parle d'un phénomène grave : la maladie et le travail, le savoir-faire, les origines, les discriminations et surtout de la beauté, puisque cela se passe dans un institut de beauté. Je réalisais également tout un travail de dessin en enseignant aux étudiants l'art de créer avec des logiciels car il n'y avait aucun cours dans ce domaine dans cette école. Il y avait bien plus d'enseignements théorico-politiques, mais point de pratique. Il n'y avait pas non plus d'assistant technique ayant pu me soutenir dans cet enseignement. Dans les écoles d'art, les employés souhaitent tous devenir responsables de quelque chose, ou directeurs, directrices, coordinateurs, coordinatrices, reconnus comme chercheurs, etc, des étiquettes qui leurs permettent de gagner un peu plus d'argent, mais surtout qui leurs donne la croyance qu'ils peuvent être au-dessus des autres employés. C'est une croyance qui s'obtient par beaucoup de chantages et de manipulations des instances, et dont se soumettent très facilement tous les employés. Mais plus personne n'apprend aux étudiants. Le retard s'est accumulé, et seules les communications des expositions font la vitrine des ces lieux d'enseignement. Et lorsque l'on a le souhait d'enseigner et apporter son savoir faire, c'est toute une déflagration souterraine qui s'abat sur vous, par derrière, des syndiqués, des élus, des représentants, qui décident de votre vie ou de votre mort (plutôt cette dernière solution) comme des peureux sous des couvertures, à la bougie dans une salle de réunion, s'inquiétant d'une révolution des arts et des pratiques clarifiant d'un coup l'absence de maîtrise des outils techniques des écoles, l'absence de pensée.

Quelques mois plus tard, un professeur de l'école me menaça afin que je n'enseigne plus dans cette école, évoquant des rumeurs de l'école de Limoges où j'avais subis de graves actions de harcèlements (humiliations grossières, discriminations en tous genre, menaces par courriers très mal écrits, convocation au tribunal sans preuves, saisie illégale sur salaire, sur de faux motifs, sans que personne ne soit informé, sauf ma banque, vers un interdit bancaire, tout cela sans avoir aucune faute professionnelle, ni aucun motif concernant la pédagogie ou l'art, que des calculs assez fous, d'horaire, d'heures, de dates, de crédits, de réunions, avec des mots très symboliques comme "saletés remarquables", "déchet", "exécution"... de la haine, de la terreur, parfois jusqu'à 2 ou 3 courriers par semaine, avec injonction de répondre aussitôt). Le ministère de la culture n'a aucune main sur ces pratiques, et depuis longtemps, quelques représentants (ces professeurs acharnés) font la loi, et même la justice, en fait ils peuvent tout faire dans votre dos, les grèves aussi, les blocages, sans avoir de retenue sur leur salaire. Ainsi les couteaux sont envoyés sans même que vous ne sachiez qui les envoie.
Avancer dans ces zones c'est comme le jeu 1,2, 3, soleil. Quand vous êtes touché et que vous vous retournez, les employés ne bougent plus, afin que vous ne sachiez pas d'où vient l'attaque, ni comment. Mais ils apprécient votre retournement, ils se sentent ainsi valorisés. S'ils avaient des missions avec un sens, alors leur activité ne s'attacherait pas à harceler, celles et ceux qui donnent un sens à leur travail et s'investissent. Ils seraient alors valorisés par leur propres initiatives dans le cadre des missions suivies par leur employeur. Un climat délétère favorise les harcèlements à toute hiérarchie, ascendante, descendante et du même niveau, entre collègue. Et lorsqu'il n'y a plus de suivi, sur plusieurs années, lorsqu'il n'y a aucune reconnaissance, lorsqu'il n'y a plus de formations pour suivre les évolutions d'une société, pour s'adapter, pour participer de sa richesse et sa diversité, alors il y a une peur de cette diversité, des fantasmes sur l'étranger, sur ces nouveaux professeurs, sur ces nouveaux logiciels, sur les étudiants. Avec le moindre petit pouvoir, ne reste que l'exclusion, ne pas intégrer celles et ceux qui sont dynamiques et proposent des idées, apportent des connaissances et les partagent, ne reste que le harcèlement pour soumettre l'autre à se taire et se terrer dans la peur de dire, ne reste qu'à s'enfermer, à devenir sectaire et organiser une institution, entre-soi, avec des règles tacites, momentanées et contradictoires et en travaillant uniquement dans l'urgence.
Lorsque j'enseignais à l'école de limoges, j'ai fini par ne plus prendre de café à la machine à café pour ces raisons, car il y avait toujours une bande d'employés derrière, puisqu'ils restaient tout le temps à la machine à café, à comploter, je ne prenais donc jamais de pauses, ni de poses. Et comme quasi tous les employés passaient la majeure partie de leur temps devant la machine à café, s'ils ne vous voyaient pas c'est que vous ne travaillez pas. Beaucoup de professeurs dorment dans l'école, j'ai déménagé dans la ville où je travaillais, car j'estimais que c'était normal, mais aucun professeur n'avait fait cette démarche. Ils venaient de Paris ou d'autres villes, et craignaient de perdre une réputation s'ils choisissaient vraiment la ville dans laquelle ils enseignaient. Bref, ce manque d'engagement se ressentait dans chacun des cours et des réunions de travail, peu connaissait la ville, ils avaient tout loisir pour la critiquer et médire sur sa pauvreté, se sentir plus riche. Ils dormaient ensemble, et moi non, je ne dormais pas à l'école. Alors oui, je n'étais pas présente les nuits sur mon lieu de travail et cela en préoccupait quelques uns. Je n'étais pas avec eux, j'avais une vie privée, ainsi "on ne me voyait pas" ou "pas assez". Les décisions se prenaient principalement dans ces dortoirs, ou dans les soirées arrosées, j'étais d'emblée exclue des négociations. J'ai même entendu la directrice me convoquer pour me dire "on ne vous voit plus" alors que j'enseignais chaque semaine dans l'école sans aucune pause, tandis que je ne voyais plus de collègues enseigner, ni même m'adresser la parole (c'est un concept artistique emprunté à l'art minimal, c'est un mini mal, cela fait un peu mal, mais pas trop, multiplié par beaucoup de mini maux, cela fait très très mal) Tout en me disant "on ne vous voit plus", elle me demandait de "ne plus me voir" en m'excluant de la vie de l'école et des réunions. Une injonction paradoxale qui situe bien la folie des entretiens.
Et ce professeur enseignant à Bourges, à plusieurs kilomètres de là (donc lié quelque part de façon très rapide, comme un bouche-à-oreilles stratège) s'arrogeait le droit de me virer en faisant pression sur le directeur (qui se soumis finalement) lors d'une instance (le conseil d'administration) mais sans aucun motif, ou celui d'avoir été blessé dans son propre enseignement (la peinture) Il ne connaissait ni mon travail, ni mon enseignement, ni mon parcours. D'origine espagnol, je l'ai croisé quelque fois s'amusant à me draguer en chuchotant mon nom de famille d'origine portugaise. Il aimait se vanter auprès de moi d'avoir été commissaire d'exposition au Portugal. Mais en parlant avec lui en portugais, il ne connaissait pas la langue. Voilà ce qu'il reste de mon souvenir de cet homme grincheux. Que j'enseigne le dessin avec mon expérience le rendait sans doute jaloux et anxieux, comme cela arrive souvent lorsqu'une femme enseigne dans une école d'art. La bêtise n'a pas de limite lorsqu'elle s'enracine dans l'ignorance. Alors oui, nous ne pouvons pas apporter notre expérience et notre savoir faire dans ces lieux où la raison n'a plus sa place. Mais il n'était pas seul aveugle dans la grotte, il faut tenir la bougie, il faut une autre personne pour la rallumer si elle s’éteint, il faut répéter plus fort au creux de l'oreille, si d'autres n'entendent pas bien, et il faut aussi se mettre d'accord pour choisir qui va sortir de la grotte, et cela peu durer une année. Chose faite ce professeur m'a envoyé un message, il n'avait pas de messager, mais beaucoup de rumeurs dans son oreille fatiguée, il m'a dit être très malade et épuisé et avoir déjà tant souffert dans cette école et sa famille aussi. Quand je repense aux picolores, mon conte, c'était devenu une prophétie. Que pouvais-je faire si ma présence causait tant de soucis, ne plus revenir pouvait alors apaiser ses affres libidineuses, en le laissant à celles et ceux qui l'avait élu dans la grotte. C'est la peur qui dominait.
Platon, dans son allégorie de la caverne raconte cela. Si l'un d'entre eux (dans la grotte) se libère de ses chaînes, accompagné de force vers la sortie, il sera d'abord cruellement ébloui par une lumière qu'il n'a pas l'habitude de supporter. Il souffrira de tous les changements. Il résistera et ne parviendra pas à percevoir ce que l'on veut lui montrer. Alors, « ne voudra-t-il pas revenir à sa situation antérieure » ? S'il persiste, il s'accoutumera. Il pourra voir « le monde supérieur », ce que Platon désigne comme « les merveilles du monde intelligible ». Prenant conscience de sa condition antérieure, ce n'est qu'en se faisant violence qu'il retournera auprès de ses semblables. Mais ceux-ci, incapables d'imaginer ce qui lui est arrivé, le recevront très mal et refuseront de le croire : « Ne le tueront-ils pas ? ». Hostilité des personnes dans leur confort illusoire et leurs habitudes de penser.

Décidément, dans les yeux d'un chat, on peut lire l'avenir, l’œil de l'âme. Artiste, ma difficulté, est de réussir, à travers ma création, d'apporter la nouvelle et la bonne. Une œuvre est souvent un assemblage sensible d'expérience, de rencontres, de joies mêlées aux peines, et c'est toujours quelque chose de nouveau, qui renouvelle le regard, la façon de penser, et qui donne beaucoup d'espoir. Comme l'écrivait si bien Platon: « Il s'agit de tourner l'âme du jour ténébreux vers le vrai jour »

Les picolores, c'est un conte qui me fait penser à Agnès Varda. Elle savait raconter ce que l'on ne peut pas dire à travers sa création. La culture, n'est-ce pas cela ? Lorsque l'on cultive, quelque chose advient pousse et subit les saisons. C'est de cette expérience de la culture, cultiver son jardin, son esprit que naissent les bonnes et mauvaises récoltes. Années de cultures, années de récoltes. Cette année, je glane, je re-découvre le chemin parcouru, je vois très loin, derrière et devant, je cultive.

On trouve un nombre considérable d’adhérents à l'appât du gain. Celles et ceux qui veulent trouver des adhésions pour leur pouvoir, ont compris depuis longtemps, que seule cette carotte rendrait louable toutes leurs actions, même les plus malhonnêtes.
C'est à ce jour, 1er avril, avec un poisson dans le dos, que se perdent sur les flots, de bonnes âmes sans réflexion, espérant richesse en flottant sur des costumes de pauvres. Il y avait pourtant de petits artistes qui courraient sur la rive en s'écriant :
- Je le vois, je le vois, le poisson qui brille, je vais l’attraper, c'est peut-être une pièce...

♒♒♒

Non, non, c'est un poisson qui se mord la queue.

Philosophie Par kiwaïda at 13:31

31/03/2019

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Agnès Varda (article bmk de 2014) et Cléo de 5 à 7 ces jours-ci... Belle artiste ❣


Art Par kiwaïda at 14:59

29/03/2019

ѺÐѦℒℐϟℚṲ∃

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Féminin plurielles est un film de Sébastien Bailly réalisé en 2018 dans ma région. C'est mon ami qui a choisi de voir ce film et c'est un homme qui a réalisé ces images. Ce sont des femmes qui interprètent les rôles principaux, dont ceux-ci transcendent des tabous, et, avec intelligence, ces femmes font des choix singuliers, dans des formats collectifs, quasi mécaniques .

J'ai visité la ville de Tulle et j'ai été très marquée par l'ambiance mortifère qui régnait dans ces lieux vides, mais vides de conscience. J'ai photographié et je suis rentrée dans un café, où la dépression était bien plus que perceptible, les murs transpiraient d'une odeur étrange dont je ne mesurais pas à quel point, le passé terrifiant avait imprégné les choses vivantes ou défuntes. J'ai eu un vrai choc, dans mon corps et mon esprit car rien ne m'avait préparé à ce que j'ai vu. Tout ce que j'entendais de cette ville, venait de médias et d'une politique victorieuse et conquérante et je ne m'attendais pas à voir la pauvreté aussi durement. Je ne cessais de penser comment la politique se sert des plus démunis et des plus pauvres pour marquer sa puissance et étendre son pouvoir aux yeux de tous. Dans ces paysages bucoliques, pas ceux que l'on aime dépeindre en peinture (les impressionnistes de la creuse ou autre, que j'apprécie) mais dans ces paysages de ville, de maisons et d'immeubles, de villas, de hauteurs et de bassesses, et de balcons aux fenêtres fermées et volets opaques, ces boutiques abandonnées, tous ces logements vétustes et ces enseignes qui manifestent l'avoir été, sans n'être plus, jamais. Là, dans ces contrées, le pouvoir fut criminel et a laissé les plus pauvres mourir dans indifférence totale, ou dans une impuissance ravageuse. Et souvent, encore, certains, certaines ont tiré plus loin l'infâme, en se tirant d'affaire et s’accaparant l'histoire et le passé comme un drap bien lourd paré, afin d'en montré qu'ils étaient du côté des victimes et ont été mêmes décorés. Celles et ceux qui ne peuvent parler et qui ont vu, celles et ceux qui savent ne peuvent plus instruire les autres, tel est le principe même de l'histoire de la collaboration. Ce film vient confirmer mes pressentiments physiques et sensibles. L'histoire des pendus de Tulle, ce massacre d’innocents, des habitants, par les nazis et avec la collaboration du maire et des élus de la ville, est encore tabou. Pourtant ce sont bien les élus eux-mêmes qui désignèrent celles et ceux qui ont été pendus et abattus par les nazis et devant les habitants, qui se sont depuis murés dans le silence. Il y a un impensé national et aussi de l'histoire de la politique française qui se rejoue. Un autre maire de cette ville devient président de la république, il est élu. Diriger un pays, avec cette histoire, c'est-à-dire endosser le costume de ceux, des élus, qui naguère, ayant le même costume, ont collaboré au nazisme, en laissant des dizaines d'années, dans le silence et la terreur, les habitants et cette région, n'est pas sans reprendre ce chemin de la représentation qui masque les crimes. Il s'est rejoué, avec ce même président d'autres massacres, les attentats terroristes, encore des innocents. Ce film pose là des faits et des marqueurs sociaux, et toute la vie politique française et sociale, semble vouloir effacer les responsabilités des élus à chaque fois, les habitants eux-mêmes ne peuvent plus parler.
Ici à Limoges, il y a ce même silence sur le passé, et ces mêmes histoires qui se rejouent indéfiniment, dans chacune des petites histoires sociales. J'ai toujours été étonnée de l'atmosphère des murs, et des institutions, elles transpirent de leur passé. Travailler dans un de ces lieux, où la tragédie a marqué les espaces et le temps (qui semble comme s'être arrêté) c'est côtoyer des habitants dont ont a enlevé, soit le rire (lors du massacre de Tulles, les habitants dirent : "Après cela, on ne pourra plus jamais rire"), soit la possibilité de dire, c'est travailler avec des taiseurs, des taiseuses, comme on dit ici, mais aussi avec celles et ceux qui se disent "faire de la résistance", ou des grèves, mais n'en sont pas moins en train de collaborer avec le pouvoir et désigner celles et ceux à exclure. C'est une vraie leçon de vie que d'observer en une dizaine d'années, comment des habitants rejouent l'histoire, et la répétition, avec une contemporanéité (des objets, des technologies, des idiomes et une sémantique en apparence renouvelée) qui retapissent l'histoire pour maintenir l'oubli, et que l'on soit, en parcourant ou travaillant dans ces contrées, confronté à ce silence mortifère, devient comme une obligation de se résigner à cette tâche du non dit.
Un jour, j'ai dû contacter la médecine du travail, elle était située dans la rue même ou bien l'immeuble même où se sont joués d'atroces tortures des nazis, à Limoges, pendant la seconde guerre. Le lieu respirait ce passé, il était comme à l'abandon. Moi-même j'étais dans une situation où je ne pouvais absolument plus parler, dans l'école d'art de Limoges et le harcèlement était devenu structurel, la base des liens de travail et les habitants, les étudiants avaient banalisé ces formes, elles faisaient parties des murs, et personne ne pouvait les dire. Cela reste d'usage. Un autre jour, comme les nazis pouvaient le faire, c'est la direction qui m'envoya à une autre médecine du travail (entre-temps, celle dédiée avait déménagé et le médecin avait démissionné, d'ailleurs les démissions se font toujours en silence, personne ne doit être informé d'un départ) sans m'avertir ni me parler, comme si j'avais une maladie contagieuse, ou grave, ou un truc qui vient de l'étranger. Le nouveau médecin m'informa que ce n'était pas légal, car une direction prend cette décision si l'employé est alcoolique ou s'il a le sida, sans l'avertir, ce n'était pas mon cas, mais c'était tout aussi très bizarre). En fait, cette direction (toujours en poste) avait l'idée qu'il fallait que le médecin du travail me trouve une maladie, afin de m'exclure, et elle avait jointe une lettre m'accusant d'un comportement que je n'avais pas, et comme cette lettre était très mal écrite, c'est le médecin qui m'alerta. Ce que j'écris là, c'est ce que l'on ne peut pas dire, et qui restera toujours impunis. Le médecin m'a informé que régnait, dans les services de l'école un esprit de sabotage connu par le passé, et qu'il n'y avait plus de hiérarchie dans l'administration, les secrétaires étaient sans arrêt en conflit. Je devenais une cible collatérale de ce climat délétère. Plus tard, et après avoir analysé aussi l'histoire, j'ai compris que les lieux étaient symptomatiquement des paysages oubliés, où seules les architectures (modernes ou contemporaines, ou bien séculaires) condamnaient chacun des passants à revivre des formes de martyrs avec des élus toujours protégés face aux drames. On pouvait changer les employés, les fonctions (faire du numérique à la place de la peinture ou de la sculpture, faire du neuf dans des locaux bétonnés et impudiques, à la place des bois et des modestes chaumières) mais rien ne changeait l'odeur que l'on respirait et la transmission du non dit. Les employés étaient condamnés à ne plus rire, ni apporter leur histoire, ils devaient s'éteindre, et même mourir devant ce passé funeste, car rien, depuis, n'a jamais été analysé, ni compris, de ce temps de la collaboration. Les élus doivent rester des élus, et les employés sont remplacés comme s'ils étaient recyclables, avec un tri sélectif, au moyen de lettres discriminantes et sidérantes. Et il faut faire vite, car rien ne doit se transmettre, celui ou celle qui sait, ne doit absolument rien transmettre à celui ou celle qui débarque sans savoir. Ils ne doivent même pas se croiser. J'ai eu l'occasion d'être convoquée au tribunal de ma ville par cette même directrice, et c'est une agente comptable qui ne m'avait jamais vue qui a été envoyée pour la représenter et dont je ne connaissais ni le visage, ni le nom. Nous nous sommes croisées, sans nous voir également. C'est dans ce quasi fantôme historique, que se jouent, les exclusions, par à priori, de genre, de sexe, de race, en un mot : c'est la bêtise qui a le pouvoir (le film parle bien de cette intelligence sensible et intérieure face à la bêtise et au chantage, notamment sexuel, dans le premier petit film, avec cet interne très bête qui joue de la rumeur pour faire licencier Douce, l'infirmière)
Le gouvernement avait donc laissé, en l'état, ces formes de travail, de harcèlement, de manipulation et je l'apprenais par la médecine du travail, "de sabotage", des dizaines d'années, et tant d'exclusions, d'employés, démissionner, ou être en arrêt, ou en dépression, sans jamais se remettre en question sur de tels agissements structurels, ni oser analyser, comprendre. La seule solution trouvée : le changement. Le remplacement des êtres vivants, des fonctions, et donner l'apparence que tout va bien, car celles et ceux qui ne vont pas bien ont été mis au rébus, à la casse.
Le film relate sans relater, mais expose des faits les uns à la suite des autres dans un intervalle de 70 années (pour l'histoire de Tulle). C'est avec maestria que ce film laisse aux spectateurs une place de témoins, avec la voix de femmes qui travaillent et affirment leur territoire.
J'ai apprécié aussi, dans un autre petit film (ce film est composé de plusieurs scènes différentes) l'expression de la pudeur à travers l'analyse du tableau d'Ingres, l'Odalisque. Une jeune femme en études en histoire de l'art va choisir ce tableau pour affirmer justement son territoire et ainsi s'affranchir du cliché posé par sa professeure (la société), celui de la femme musulmane au foulard. Comme dans les autres petits films, la femme, a un rôle émancipateur des clichés que notre société ficellent si fermement. Et pour l'interprétation du tableau d'Ingres, la jeune femme sportive au hijab va déplier l'histoire empruntée de l'orientalisme et du fantasme masculin pour y définir sa propre conception de la féminité et de la pudeur : la chevelure. Nous sommes témoins, du dedans et du dehors, de ce que ressentent à l'intérieur, ces femmes, et de leurs désirs intimes : elles vont poursuivre leur désir plutôt que ce que conditionne une collectivité (l’hôpital, la politique, l'école) Ce sont des passages forts, d'apprentissages de la vie, de ce que l'on apprend par soi-même.
Les questionnements intérieurs sont exprimés tout de même, face à un état censeur (les institutions) La partie instruite n'est pas socialement reconnue et ne peut se transmettre.
Nombre d'oraux, en études d'art, constituent nos parcours, et de ce point de vue, de femme, nombres d'oraux, face à des jurys (le plus souvent majoritairement ou entièrement composés d'hommes) sont des rites de violations de l'intimité, tant les à priori de genre les constituent encore aujourd'hui. L'intelligence peut gagner, car, le montre ce film, ces exercices face à la bêtise, peuvent être d'autant plus finement compris, que ces défis sont relevés avec brio (sans même que le jury ne puissent comprendre ce qu'il se passe, puisque dépassé)
Il y a des fois où des films ravisent nos esprits lorsqu'ils côtoient nos réflexions quotidiennes et éprouvées, mais que l'on ne peut en relater à quiconque, dans notre milieu professionnel, ce pourquoi, ils nous redonnent envie de vivre et de dire, de décrire et d'écrire, de se trouver en résonance avec le sel de la vie.
Merci à l'amoureux dont l'esprit me hisse toujours un peu plus haut, et me donne du courage dans l'épreuve subie.
Les pendus dans l'espace public de Tulle, nous rappellent chaque jour, que de tels agissements se décident par des élus, et que les solitaires, les marginaux, les plus pauvres sont désignés par leurs collègues, leurs voisins, les habitants pour être exécutés. La raison de telles haines : ils et elles sont désignés parce que ce sont des innocents. Et dans l'histoire de Tulle, ces innocents avaient peu de chance d'être pleurés. Je pense aussi au livre de Judith Butler, la philosophe (Qu'est-ce qu'une vie bonne - 2012), décrivant qu'une vie non sujette au deuil est une vie qui ne peut être pleurée parce qu'elle n'a jamais vécu, autrement dit parce qu'elle n'a jamais compté comme vie.
En lisant son livre, il y a quelques années, en attendant que la direction, les
collègues professeurs et l’administration, trouvent un accord, car les concours d'entrée destinés aux les étudiants étaient très mal organisés, et non préparés, sans direction aucune, et le sont toujours hélas, j'ai vraiment pris conscience de ce que je vivais et comment petit à petit, les décisions de m'exclure, se sont tournées vers moi, qui ne savait pas, pas encore, et dont il fallait au préalable me donner tout le gros dossier : je devais avant tout remplacer celles et ceux qui avaient décidé de ne plus travailler, jusqu'à être la plus visible et désignée en cas de faute des directions et petits chefs avec la complicité des syndicats (dont les représentants sont des collègues avec un échelon très supérieur aux autres employés). Plus simplement, aucun professeur ne peut plus faire carrière ni enseigner, ni même espérer être en mobilité, aller ailleurs, bloqué par les réunions et commissions paritaires, destinées naguère au dialogue social, devenues des lieux de pouvoir et d’exclusion, par simple désignation ou intégration des amis d'un jour et d'exclusion des inconnus ou des sérieux bosseurs avec des idées nouvelles (Nein !) Cible aussi d'un jour, car j'étais celle qui savait encore écrire, et j'avais comme seule réponse celle de décrire, ce qui ne se décrivait pas, ce qui était interdit de dire. Ce n'était pas prévu. Le bleu.
L'accord tacite des réunions sans parole, sans points de vue, sans partage de connaissance était celui-ci : ne jamais décrire ce qu'il se passe, ne jamais dire, se taire, ne jamais aider le ou la maltraitée, ne jamais poser la main sur une épaule, ne jamais épauler, s'épauler, se soutenir, fermer les yeux et dernière règle se boucher les oreilles si jamais une voix expose l'injustice. Cela ressemble à la sagesse chinoise des 3 singes, ne rien voir, ne rien dire, ne rien entendre, et pourtant il n'y a rien de bouddhisme dans ces alcôves. C'est une injonction destinée aux déclassés, c'est un détournement de la sagesse pour diviser et définir des castes sociales.
Je souhaitais travailler, il ne fallait pas et surtout pas expliquer comment je le faisais si bien et comment d'autres pouvaient en faire autant. La pédagogie interdite, on me l'a dit : il faut arrêter de penser. Partager ses connaissances était devenu extrêmement dangereux, surtout à destination de celles et ceux qui en manquaient, non pas les plus idiots, mais celles et ceux qui étaient là pour apprendre et étudier. Mais comment pouvais-je le savoir ? Le savoir, qu'un seul savoir s'octroyait le pouvoir, dans ces arcanes, de se transmettre entre mêmes, adhérents, élus, sans diversité aucune, entre celles et ceux qui savent déjà et donc, ne recherchent plus, ne sont plus en recherche (ceux-là qui demandent toujours des crédits à la recherche en demandant l’adhésion à celles et ceux sans aucun crédit). L’adhésion est obligatoire aux élus syndicaux, aux professeurs autoproclamés au-dessus des autres, par une administration sans conscience aucune ni passé. Comment peut-on adhérer à une organisation sectaire lorsqu'il est déjà prévu que les plus riches seront protégés ? Et quand ces sectes se trompent sur la notion de richesse et de patrimoine culturel, quand les choix sont si mauvais que le sabotage de notre culture devient un maelström si puissant, prompte à ne faire penser qu'au fatum, et non à chacune de nos responsabilités. Il y a de la résignation dans l'air.

Ce fait historique tulliste, nous donne accès à penser, à plus de pensées et à ce que peut être la collaboration, de ce qu'elle est de sidérations, de ce qu'elle impose de corruption, de l’indicibilité, de l'immoralité, lorsque l'on se retrouve dans des situations très éloignées, dans le temps et dans l'histoire et les agissements, mais aussi, très proches, dans le sentiment d'abandon de ses semblables et l'indifférence, seules solutions envisagés par l'humain, pour sa survie, sa lâcheté. Il est peu de force morale dans des regroupements de lâches, mais bien plus d’adhésions. Le pouvoir tel qu'il se construit encore, de nos jours, est avant tout adhésion.
Peut-être qu'un jour, adhérer sera pouvoir se dire et non adhérer à un seul pouvoir.
Se dire, ce courage.

Film Par kiwaïda at 12:16

27/03/2019

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Musique Par kiwaïda at 01:35

25/03/2019

¢ℓé☺ ḓε 5 à 7

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Comment continuer à vivre lorsque la maladie vous guette ? Cléo, une très belle chanteuse, attend les résultats d'un examen médical, avec d'autant plus d'anxiété qu'une cartomancienne lui a prédit qu'elle était malade. Hantée par la peur, elle erre sans but dans les rues de Paris. Au fil de sa dérive, elle se débarrasse de ses oripeaux. Dans le parc Montsouris, un jeune homme l’aborde…


Le film "Cléo de 5 à 7" réalisé par Agnès Varda en 1961 est accessible sur Arte en ligne ces jours-ci. Très beau film graphique avec ses noirs et ses blancs, ses interrogations miroirs et ce goût mélancolique de fin du printemps et de l'arrivée de l'été qui se délie avec la journée la plus longue, comme cette ballade dans le parc avec l'inconnu, le bonimenteur prédit par la cartomancienne, un joueur de mots en permission. Il renverse le cours des choses et s'invite au hasard, comme l'ange qui souffle la vie aux morts vivants. Un parfum d'ailes du désir. Un film de chatons, avec des chatons, filmé par une dame chat. Miaou ! Gâteries, Gato, chat... Seulement pour les précieux, capricieux, féminins d'avant le féminisme et du harcèlement de rue, des trognes et des contes de fées face à la finitude et tout ce que l'on garde en ayant peur de la mort, tout ce que l'on garde avant la fin, sans avoir vraiment goûté à la vie. Magnifiques plans des paysages et des rues mais aussi d'une circulation en voiture comme une boîte à musique, tel un manège où l'on chevauche sa voiture comme un jouet-cheval qui monte et qui descend avec volupté.
Courtiser la vie et la mort.

*

Vendredi 29 mars, quelques jours après la publication de cet article, Agnès Varda décède à l'âge de 90 ans.
Je retiens cette phrase d'elle : Mon travail n'est pas dans l'ombre mais dans la discrétion.

R.I.P.


Film Par kiwaïda at 00:18

24/03/2019

✞нε ṧ℮¢ґ℮т ρ♄ø⊥☺❡я@℘нεґ

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I’ll tell you a secret: I’m a photographer, for a very, very long time, before I came into the world, I was a photographer. I looked at life in detail, your hair, your feathers, your buttons, the grain of your skin, your shadows and your lights, your black hair became blonde, your clouds became smoky, your sweat beads became rain and storm, the beauty of the world streamed, everything was so beautiful and so funereal, everything was so calm and so frightening, everything was so diaphane and trouble, everything was so limpid and inconspicuous. I hate photographers who call themselves photographers, so I found strategists not to appear as a photographer. I chose poetry, the invisible, the slow down, the resign,  the disappearance. Before the world was the world and moving, I lived beneath the earth, I was this photographer of the night, the one who lived beneath your days and that one day sparkled like a star before dying under your ignorant eyes.

Je vais te dire un secret : je suis une photographe, depuis très très longtemps, avant même de venir au monde, j'étais une photographe. Je regardais la vie en détail, tes poils, tes plumes, tes boutons, le grain de ta peau, tes ombres et tes lumières, tes cheveux noirs devenaient blonds, tes nuages devenaient fumées, tes perles de sueurs devenaient la pluie et l'orage, la beauté du monde ruisselait, tout était si beau et si funèbre, tout était si calme et si angoissant, tout était si diaphane et trouble, tout était si limpide et si imperceptible. Je déteste les photographes qui se disent photographes, alors j'ai trouvé des stratèges pour ne pas apparaître photographe. J'ai choisi la poésie, l'invisible, le ralentit, le retrait, la disparition. Avant que le monde soit le monde et se déplace, je vivais sous la terre, mais je voyais tout, j'étais cette photographe de la nuit, celle qui vivait sous tes jours et qu'un jour étincelait comme une étoile avant de mourir sous tes yeux ignorants.

PHOTOGRAPHIES © SONIA MARQUES

Art Par kiwaïda at 19:33

18/03/2019

¢εґiṧiεґ﹩ ε☂ ℘ê¢нℯґ﹩

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Photographies © Sonia Marques


Art Par kiwaïda at 22:42

07/03/2019

ⒶⓁⒺⒼⓇⒾⒶ

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Photographies © Sonia Marques

mini.png

Dédicace à notre souris locataire du loft
la plus courageuse.

Animal Par kiwaïda at 21:38

04/03/2019

Ḡøт т◎ ω@ℓк øʊт ◎ḟ ♄ℯґℯ

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Musique Par kiwaïda at 23:43

28/02/2019

ℙÅϴℕ

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L’œil du paon représente le troisième Œil, celui qui détruit l'illusion et apporte une compréhension de la vérité universelle.


Mon tableau préféré et une vue de plus près...


J'écrivais un article récemment située dans le décor de la gare Montparnasse avec les fresques de l'artiste Vasarely, sans savoir qu'une exposition monographique allait se dérouler au centre Pompidou quelques mois plus tard. Elle est très belle. Je n'avais jamais vu de réalisations en nombre de cet artiste visionnaire. Je découvre comment de nos démos de Téléférique, jusqu'à tant de réalisations programmées de tant d'artistes, graphistes, musiciens, informaticiens, de produits dérivés, de publicités, nous sommes imbibés de son art. QR code, mire télévisuelle, écrans de veille, signalétique urbaine, affiches, couvertures de livres philosophiques, assiettes, robes, tissus, motifs à répétition, il y a quelque chose d'obsessionnel et qui donne le vertige dans cette exposition. En sortant j'ai vu du Vasarely partout, dans l'architecture et les vitraux de métro, dans les grillages, et ne parlons même pas des logiciels et tous leurs effets visuels, dans l'architecture du centre Pompidou ses tubes et ses croisements, bref, on devient dingo complet. Un demomaker avant l'heure, un zèbre. Alors comment cet artiste est-il tombé en désuétude après avoir eu une renommée folle dans les années 60-70 avec ce début publicitaire où le graphisme et la mode vendaient tant de produits et le pixel télévisuel aussi, nous a tous fait tourner la tête. À la fois l'exposition fait renaître une nostalgie de ces formes géométriques connues, défier l'illusion et l'optique mais surtout elle nous donne une vision plus précise de ces aplats colorés et collages, dont on a oublié que c'étaient avant tout, de la peinture. Une espèce d'artisanat sensible de la programmation, avec un plaisir de la couleur non dissimulé, mais mieux : partagé. On ne peut comparer des Vasarely à l'écran ou imprimés sur catalogue avec la physicalité de ses peintures et la fragilité des assemblages. Voir les tableaux et se tenir en face, est une action de l’œil à l'esprit, une appréhension physique et kinesthésique, une rencontre avec la chromie, et les nuanciers divins des étalonnages fins et subtils qui font chavirer nos perceptions.
Vertige complet.
D'ailleurs, je me demande à quoi sert-il de le reproduire à ce point ? Même si l'on ne peut se poser la question, à quoi sert-il de reproduire autant de tableaux, une question Vasarelienne qui rejoint celle que j'ai entendue devant un très beau tableau composé de 3 cercles blanc cassé, noir et brun : Un enfant pourrait en faire autant. L'éternel commentaire iditot. Non, un enfant ne pourrait pas en faire autant, ni si peu, ni de façon aussi affirmée et décisive pour un long parcours artistique. Non Madame. Non, je me pose plutôt la question : à quoi sert-il de le reproduire à ce point ? Ou plutôt, il est incroyable qu'il ait autant été copié, aussi avidement que ses propositions ont été divulguées, vulgarisées, et partagées au Public. C'est peut-être plus un problème de discrimination, lorsque les institutions étatiques qui frisent avec la publicité et la communication, diffusent à outrance un artiste (masculin) durant une dizaine d'années en discriminant celles et ceux qui sont moins vendeurs, et adhèrent moins aux politiques et à la mode. J'ai eu du mal à faire une sélection de photographies et peut-être une seule suffisait. La multiplication nous fait rentrer dans la matrice de la folie. Je pensais à ces personnes qui ont la phobie des boutons, la fibulanophobie. Si leur plus grande phobie serait de tomber dans une piscine remplie de boutons, je pense que les tableaux de Vasarely ont cet effet vampiriques et angoissant. Ou bien aussi, ils sont méditatifs et par leur monotonie, peuvent faire planer l'habitué des rêves cosmiques, le contemplatif (ou la) en accédant au spirituel. Kandisky nous avait averti, il existe du spirituel dans l'art.
Tous ces chemins de l'abstraction, en passant par le cubisme, nous mènent à ce "dérèglement" esthétique et phénoménologique. On peut nommer cela le numérique, mais j'ai toujours trouvé ce terme inapproprié. Je pense que l'avènement du "programmable" de tout ce que l'on pense comme une liste de chose à faire, est de cet ordre et a transformé certaines représentations artistiques vers un art emprunt de chiffres et de nombres et de calculs savants. L'art de la programmation, pour y avoir laissé quelques plumes, dans mon modeste parcours artistique, est un art réalisé par les plus grands paresseux. On dit souvent que la souris, cet objet informatique, a été inventé par des paresseux, surtout pour la molette qui permet de circuler plus vite de haut en bas de la page de l'écran. Ces raccourcis, pour aller plus vite, sont aussi ceux de la pensée lorsqu'elle programme. Les tableaux de Vasarely me font penser à ces effroyables productions de paresses de la pensée, ce petit empire chiffré de carrés, ronds, couleurs et géométries multipliés. En circulant dans ces galeries de nombres peints, telle une synesthète, je voyais une ode morbide. On peut s'ennuyer ferme en circulant dans cet univers, comme lorsque l'on est face aux œuvres dites "numériques", on peut s'ennuyer ferme, je confirme. Et même, je dirai, en échangeant durant des années avec des informaticiens, et leur programmation du monde (car ce n'est pas une idée, des idées, mais des programmations), on s'ennuie fermement, on peut même mourir d'ennui s'ils prennent le contrôle. Ainsi, pour reprendre un autre article (Les clés de St Pierre) on donne souvent les clés des salles informatiques à de grands paresseux, dont on imagine qu'ils sont les seuls à savoir programmer, mais surtout, ils peuvent se sentir puissants avec ces clés, imaginant nous contrôler à distance plus facilement. Rassurons nous, ces grands paresseux ont une faille immense, elle est béante lorsque l'on regarde ces tableaux monomaniaques, c'est que la qualité du lien a disparu face à une efficacité redoutable et grandiose. Ne cherchez pas là l'inattendu et la complexité des relations humaines, non cherchons là, à nous rassurer, à nous divertir un peu, car ces tableaux apparaissent animés, tandis qu'ils sont inanimés, figés et déterminés. Ils se présentent face à nous tel le paon, cet oiseau qui fait la roue pour nous séduire. Avec tous ses yeux surgissant devant nous, nous sommes subjugués comme une femelle devant cette parade nuptiale. Cette efficacité comble une peur du vide. Ce monomaniaque peintre est tout de même singulier, sa production démentielle. Je ne sais si ces tableaux exposés ont été créés spécifiquement pour cette exposition, tant les peintures ont conservé quelque chose de très contemporain, comme si elles étaient peintes la veille. Les couleurs ne sont pas passées, et les découpages toujours impeccablement bien collés. Peut-être est-ce pour réparer la fondation Vasarely ? Bref, c'est une véritable histoire de l'art et de la programmation qui défile sous nos yeux, avec cette exposition, et de nos outils inventés pixelisés, écraniques et toutes ces animations captivantes, qui nous ont hypnotisées durant des années, en occident. Nous avons colonisé le monde avec ces myriades de formes et d'informations cathodiques et catholiques. Mais il est certain, que nous sommes passés à une autre époque. Nous ne pouvions plus nous mirer indéfiniment tandis que ce même monde s'écroulait sous nos pieds. De moins en moins de personnes, de public, peuvent regarder ces exploits, se divertir et faire perdurer l'illusion que ces miroirs tendus sont bien les nôtres. Tendus trop loins, trop distants, trop spirituels, trop intelligents. Dans notre ère matérialiste à souhait et du consommable, l'essence de la voiture et l'alimentation très près, sont devenus les seules ressources auxquelles la majorité croit, avec une confiance aveugle aux plus médiocres pour nous diriger. Je suis restée du côté du spirituel, même en me rapprochant de plus près de ma source de nourriture, c'est mon paradoxe humain.
À nos zébritudes à jamais incomprises.



Nous étions dans un abîme miroir  : celui de prendre en photo le tableau.



Nous étions nous même vêtus des tableaux. Les tableaux épousaient nos corps.





Ce jeu me faisait penser au dessin généalogique que je suis en train de faire et qui est resté... en attente.



C'est un extrait d'un dessin, un collage de sa période du tout début, première salle d'exposition. Il me faisait grandement penser à ce dessin décidément spirituel de ma généalogie et qui attend toujours d'être repris par le guide.



Zèbres toujours, zèbres figure des différents, des intelligents et des sensibles...



Charmant tableau premier (peut-être années 1932 !) Et dire que l'on protestait lorsque j'enseignais la ligne noire et j'apprenais à maîtriser les logiciels de création permettant de réaliser de grands dessins en noir et blanc. Nombre d'étudiantes que j'accompagnais ont réalisé de très beaux dessins, et les plus âgés craignaient de perdre leur pouvoir de supervision, n'ayant pas reçu ces enseignements.



C'est gonflé tout de même. Des tutoriels sur Photoshop sont dédiés à la réalisation de tels effets. Sacrés et sacrilèges, privilèges et démocratie.



C'est beau cet équilibre... C'est un peu comme si je pouvais tomber en regardant ce tableau, mais tout en ne tombant pas.



Et bien voilà, il fallait bien illustrer l'intelligence, et pas des livres romancés à l'eau de rose pour jeunes filles ou femmes à la maison. Pourtant, Monsieur Vasarely, votre défi futur est celui-ci, ne pas répéter, car la redondance c'est ronronnant. Il faudra prendre le risque de s'adresser à un public versatile et non rigide, non obsessionnel, mais complètement inculte... Attention à la littéralité ;.)

Art Par kiwaïda at 17:05

27/02/2019

ᴉʇʇnzɹǝɅ ɐʞᴉɹƎ

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Dans le cadre de la troisième édition de « Mutations / Créations », le Centre Pompidou vous propose de découvrir pour la première fois en France une riche exposition consacrée à l’artiste brésilienne Erika Verzutti reconnue internationalement pour son œuvre autour du vivant. Principalement composé de sculptures, le travail de l'artiste, non dénué d’humour, est caractérisé par la sensualité de ses formes, la tactilité des matériaux et l'inclusion de détails inattendus. Réalité et fiction, naturel et artificiel sont autant de relations de dualité qui sous-tendent ses recherches. Une scénographie inédite a été imaginée en étroite collaboration avec l’artiste pour cette exposition. S’articulant autour d’une sculpture qui fait office de socle pour les autres œuvres, telle une arche de Noé, elle revient sur dix-huit années de création foisonnante.



Un peu par hasard, en passant devant la verrière transparente du centre Pompidou, sous un soleil éclatant traversant la salle d'exposition, je vois une installation étonnante. Je décide donc de privilégier une visite de cette salle d'exposition. C'est la brésilienne Érika Verzutti qui expose. J'ai beaucoup apprécié cette découverte. La lumière était limpide et donnait aux éléments exposés une animation toute particulière, ceux-ci déjà, habitant le lieu, et les visiteurs, aussi traversant que les rayons de soleil, invités à circuler entre les "choses", les bêtes, l'espèce de gros piano préhistorique (c'est mon interprétation) avec ses planètes à demi-sphériques posées dessus, ou ces morceaux de rues urbaines et ces colonnes infinies malicieuses. Entre ces pierres précieuses de roches ou ces familles ludiques, je voyais là une liberté assez joueuse de l'histoire de l'art qui la précède, sans en faire un plat, ni respecter bien des principes conceptuels. La couleur se pose partout même dans le mur d'exposition par des touches vives picturales intenses. Parfois je trouvais ses objets comme sortis d'une grotte, réalisés avec les matériaux récoltés sur le passage, à même la roche, ou dans les interstices des murs, tout de bronze et si jamais elle trouve des bananes, une papaye, ou des pavés, elle se raconte des histoires, dans lesquelles, oui, nous pouvons circuler. Le catalogue du centre n'est pas très bien réalisé (comme beaucoup de catalogues de Pompidou, hélas, format inadéquat, mise en page bâclée et iconographie pas bien prise en photo, bref, à ne pas acheter), ni l'article de la commissaire d'exposition très intéressant (Celle qui avait tant médis sur les femmes artistes, en compagnie de Bustamante et de Xavier Veilhan... s'est-elle repentie depuis ?) alors j'ai pris des photos et j'ai préféré lire les articles portugais.
















Extrait de "Um bicho de sete cabeças" (2016) de José Augusto Ribeiro

Para além de representar, as esculturas de Erika Verzutti dão forma
a sensações e fantasias – querem ser e fazer delícias e horrores...
Evocar um bicho, um monstro, aparentar-se com um objeto utilitário,
lúdico, ritualístico, incorporar à própria constituição física a moldagem
de frutas e legumes em bronze e concreto. Mas, ao fazê-lo, querem
revolver, combinar essas e outras coisas e matérias na construção de
unidades ativas, irresolúveis, que não se deixam apreender por uma
única identidade ou um significado só. Cada figura é uma e contém
diversas: num tripé de galhos de árvore, um avestruz; numa jaca, um
sólido com um desenho geométrico fatiado; e numa estrutura formada
por dois cocos e um cacho de bananas fundidos em metal, há uma
silhueta feminina e uma máscara africana. Ora, de início espanta
que a partir de poucas operações com elementos triviais essas peças
adquiram força sugestiva capaz de articular o que categorias, reinos
e classes separam nos domínios da arte, da natureza e da vida social.
Depois, são as experiências com pesos, consistências, texturas,
contornos, cores, brilhos e temperaturas que contribuem para a
indução de estímulos contraditórios e solicitam do observador um olhar
tátil, se possível gustativo, numa percepção quase sinestésica. O que
se desprende daí é tão composto quanto a própria obra: envolve humor,
beleza, erotismo, estranhamento e violência, a uma só vez. Para falar
de outra maneira, o trabalho é suculento e ácido e doce e amargo e
azedo, em vários sentidos.
Como realizações da libido, essas esculturas parecem também
cheias de vontades, e não é por acaso que assumem conformações
heterogêneas. Talvez nem seja exagero dizer que são dotadas de
comportamento, a julgar pela maleabilidade, movimentação e animação
interna que sugerem. Meio cambaleantes, meio desengonçadas,
adaptam chifres,
focinho, orelhas e pescoço compridos, forjam penas,
pelos, pintas, rabo, patas e genitália, casca, polpa, talo e caroço.
 Obtêm um caráter orgânico impetuoso e, numa estranha existência biológica,
insinuam estrelar um filme pornô, ser atração de parque temático,
dão pistas do ânimo para repousar na prateleira de uma estante, na
mesa de centro da sala, numa cozinha, ao ar livre, no museu. Usam as
ferramentas da educação artística, os pincéis, as tintas, a massa de
modelar, a espátula. Algumas têm pedestais próprios, outras refazem
um Pablo Picasso (1881-1973), uma Tarsila do Amaral (1886-1973), um
Constantin Brancusi (1876-1957), um Sergio Camargo (1930-1990)...
Umas vestem saia, outras maquiam-se, descansam, beijam e morrem.
Com a condição de que possam manter ainda, depois de tudo, as formas
frescas, tentativas e para sempre provisórias.
Esse vitalismo da produção de Erika Verzutti só podia surgir
mesmo de um desembaraço, uma desenvoltura que é por natureza
liberatória, tanto na lida com os materiais como nos modos de aparecer
em público. O trabalho não aspira a nenhum tipo de perfeição, e
o que nele parece primário não tem inocência, senão um tanto de
malícia. Fora as etapas de preparação do bronze e do concreto,
os procedimentos de formação das esculturas são elementares,
dispensam habilidades específicas. Consistem em justapor e empilhar
elementos, modelar formas simples, espichar as magricelas, tornear as
bojudas, espetar objetos ou imprimi-los em pedaços de argila. Tarefas
que requerem, se muito, a destreza de um aprendiz, um principiante.
Realizadas, porém, para tomar licenças, romper protocolos e
desautorizar as chamadas normas cultas; para abrir caminho à
coloquialidade e insolência de uma obra cuja linguagem opera em
desalinho com o suposto caráter edificante da cultura – seja aquela
de expressão sisuda e impostada, seja aquela atividade subsidiária
de benfeitorias, seja aquele passatempo mensageiro, do tipo que traz
ensinamentos “produtivos”.
Além de ambíguas, essas figuras são tortas, irregulares e
instáveis, aparentemente sujeitas a uma inversão. Seriam apenas
desajeitadas, não fossem a graciosidade e o garbo de suas posturas
Avestruz (2008), Henry (2008), Painted lady (2011) e Romana (2011)
são exemplos disso. A maioria dos trabalhos tem origem na montagem
precária de seus componentes, com equilíbrios frágeis e apoios
incômodos, em que prevalece o aspecto de uma solução temporária
ou variável. Outros, de fato, se arranjam com a simples disposição
de integrantes independentes, soltos no espaço, em relação um com
o outro. E preferem restar assim, vacilantes, disponíveis, a adotar
esquemas que possam cristalizar afirmações categóricas, posições
bem assentadas e, por consequência, um conforto. Não, nada disso.
Os acabamentos são rápidos e lambuzados, em especial nos processos
manuais com argila e tinta, a informar da urgência dos gestos, da
arbitrariedade em “chutes” e apostas e das deliberações para resolver
impasses. Resoluções que deixam evidentes as marcas de feitura, os
amassados, as dedadas, as contingências com a matéria pastosa, a
despeito de virtuosismos, de condicionamentos, da possibilidade de um
controle absoluto e da eficiência.
Os mesmos flagrantes se encontram na pintura das superfícies,
com o preenchimento parcial – a rigor, inacabado – para a subdivisão
das partes, em aplicações pontuais de cor; ora na produção de
manchas e efeitos, ora em retoques e detalhes; às vezes, em ações
largas e enérgicas, noutras, cheias de capricho. Um labor mas também
uma aventura prazerosa, entre a irresponsabilidade e a dedicação, sem
esconder hesitações, erros, acidentes (alguns ardilosamente previstos),
nem o enleio com motivos decorativos e outras extravagâncias. O
trabalho não acredita na pura espontaneidade, antes, está preocupado
em conquistar as condições de ser espontâneo. Para que componentes
sujos, grosseiros e ásperos se mostrem também planejados e
meticulosos, para que motivos delicados, afeitos à ornamentação,
guardem lá o seu tônus improvisado e intuitivo.  O fato é que as
arestas, as rebarbas, essa aparência de algo por terminar, concorrem
para a manutenção das formas em aberto e febris. Um pouco como se
o material viesse à tona ainda úmido, em secagem, com o processo
latente, vicejante, e as decisões expostas em palpitação. Até segunda
ordem, nada se calcifica, nada é definitivo nem está, assim como se
encontra, finalizado. O trabalho se recusa a considerar-se pronto.














Art Par kiwaïda at 22:01

ℊґυεṧ

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Photographies © Sonia Marques

Des milliers de grues dans le ciel, des vagues et des V, des sons, des courants d'airs, des points dans le ciel bleu, des lignes élégantes, déliées, reliées, solidaires, indéfectibles... Elles partent.
Leur son est très spécifique. À chaque fois, je dois bien être la seule à entendre leurs voix, et puis je lève la tête, et puis je les vois. Nombre de passants, à ras de terre, vaquent à leurs occupations, se disputent, regardent ce qu'il y a au cinéma sur les affiches, regardent le sol ou les passants, se comparent, marchent les courses remplies, mais aucun ne lève la tête. C'est qu'aucun ne les entend. Pourtant ce spectacle est grandiose, il envahi le ciel, pas de ces avions, mais de gestes très fins. Il me faut croire que c'est un privilège de les entendre arriver et de pouvoir les admirer. Par vague, tels des poissons argentés dans l'eau, ou des sardines, leur ventre au soleil s'irise, se métallise, chaque grue à son déplié, son vol et chaque miroir argent me renvoie une étincelle, de vie. Elles partent et on aimerait les suivre ces grues cendrées car elles semblent bien connaître le chemin. Après avoir passé l'hiver en France et en Espagne, ces oiseaux, mesurant environ un mètre de haut et deux mètres d'envergure, retournent vers l'Europe du nord pour se reproduire et y passer l'été.

Les clés de Pierre

Tant que Jésus vit parmi ses disciples, Pierre figure parmi les apôtres et témoigne avec eux. Il se distingue essentiellement en ce qu'il est le premier d'entre eux, celui auquel Jésus confie la destinée et les clefs de son Église : " Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et que les portes du royaume des morts ne prévaudront point contre elle. " Quelques événements resteront attachés à son nom et continueront à le caractériser : la pêche miraculeuse et sa première rencontre avec Jésus : " Je vous ferai pêcheurs d'hommes " ; la marche sur les eaux : " Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? " ; sa résistance lors de l'arrestation de son maître en coupant l'oreille de Malchus ; son triple reniement : " Avant que le coq chante deux fois, tu me renieras trois fois " ... Tous ces faits sont rapportés dans l'Évangile et font partie du message que l'Église a transmis jusqu'à nos jours.

Ces épisodes sont porteurs de leur propre symbolisme. Celui de la pierre de fondation tout d'abord ; mais les traditions populaires retiendront surtout le mot "pierre", et ce sera parfois l'existence d'anciennes pierres sacrées - pierres naturelles ou mégalithes érigés par l'homme - qui induira des consécrations à saint Pierre, ces pierres païennes devenant ainsi des "saintes pierres". Celui de la clef ensuite : " Je te donnerai les clefs du royaume des cieux : ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. " Saint Pierre est de fait le plus souvent représenté avec deux clefs (d'or et d'argent), parfois avec une seule (celle du Paradis), ou encore avec trois (celles du Ciel, de la Terre et de l'Enfer). Mais ce qu'on lui demande souvent de délier, c'est la fièvre, ou bien la rage (saint Pierre n'a-t-il pas mis en fuite les chiens enragés de Simon le Magicien, et n'est-il pas apparu à saint Hubert pour lui remettre les clefs ayant pouvoir contre ce mal ?) : on appose aux hommes ou aux bêtes les "clefs de saint Pierre" (en fait un fer chaud).

" Je te donnerai les clefs du royaume des cieux : ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. "

Drôle de grue, je retourne souvent dans les lieux où j'ai vécu, afin de reprendre le fil d'une pensée non élaborée, restée en filament et qui n'attend que mon retour pour poursuivre sa destinée. Ces filaments sont éternels. Je me retrouve dans une église que j'ai côtoyée durant au moins 10 années, sans jamais y mettre les pieds. Hors des églises, j'aime les rencontrer et les aborder comme lieux de représentations et de méditations et d'étranges défis de silence dans notre société. Pourquoi ne l'ai-je jamais visitée ? Elle possède des clés, notamment, la représentation des clés de St Pierre.

Aujourd'hui le monde catholique est dynamité et son silence devient argent et la parole déliée d'or. La prise de risque des enfants devenus adultes touchés par la pédophilie dans l'église devient une parole précieuse, et l'irrévérencieuse injustice des autorités croyantes recevant la complicité de tous les pratiquants au silence partagé n'est pas encore questionnée. Je voyais donc ces clés partout. En donnant les clés à ces Saints et à tous ces curés, à ces autorités, étaient désignées également les personnes qui allaient fermer les portes aux innocents. Le plus souvent, des personnes qui se sont enrichies sur cette idée que les innocents ne savent pas et ne parlent pas. Et si un innocent parvient à faire entendre sa voix, c'est encore sous les vœux des puissants et des hautes autorités, la justice également, qu'il meurt, et en silence, oublié des siens. Pléthore de films ont été réalisés et arrivent avec ces nouveaux mouvements et les coupables éclairés. Mais n'est-ce pas encore s'enrichir sur le dos des innocents ? Comment se reconstruisent ces proies, en lutte à ne pas devenir prédatrices à leur tour, en lutte entre le pardon et la condamnation ? Ou la résignation ? En confiance en la vie ? Le bien et le mal sont réunis et intimement mêlés dans ces institutions coupables dont la vocation est de transmettre les comportements du bien, ce costume ecclésiastique sacré, qui enrobe ses déviances, sans trop de peine, pour les uns et la peine toute une vie pour les autres. Comment inverser la notion de pêché, comment remettre à l'innocent ses propres fautes, sous cette robe et ses sermons et forcer le respect derrière sa loge dorée, après avoir imposé le serment secret de se taire, après avoir violé, ces sermons et les valeurs du bien. Or violet vert blanc, des couleurs d'un drapeau, des capes et des toges, des simulacres, des illusions de toute une vie, des mensonges élevés au rang du sacré, des saints et des Dieux. Ni la faute, ni le mal ne sont nommés, effacés par les institutions de foi, ce sont les victimes innocentes qui payent, et ne prient pas assez, des pêcheurs et pécheresses, aux vies brisées.

La médiation est une entité forte et sur laquelle notre société contemporaine se repose complètement, sans jamais interroger, ni les outils, ni les personnes médiatrices, ni le message véhiculé. Les médias m'ont toujours intéressée pour ces raisons, les questionner. Dans des institutions, il n'est plus possible de questionner l’appareil. Ni même de travailler, d'enseigner. Les écoles de journalisme sont aussi gangrénées par ces "club de garçons" (boys club) qui deviennent les seuls modèles adoubés par les directions des publications et journaux, avec comme moteur principal, le harcèlement. Exclure l'autre du monde du travail, devient une profession active, puisqu'il n'y a pas assez de travail pour tout le monde et puisque le gouvernement nous oblige à trouver un travail. Il nous oblige à nous entretuer. Ce gouvernement entretien ce hiatus et ces harcèlements sous le vernis de la "justice pour tous", mais avec des niches bien protégées par la bienpensance.

Comme dans l'Église, il faut pour protéger son club, des règles, des règlements, des contrats, des lois, réservés qu'à certains, cela veut dire des arrangements entre amis, entre intérêt (le système de l'art ne fonctionne que dans cette opaque taciturne éthique, de l'arrangement et de l'implicite, il faut des dizaines d'années pour en saisir ne serait-ce qu'une règle commune, et quasi aucun contrat officiel. Des formations d'écoles publiques ou privées ne suffisent pas à sélectionner les héritiers des clés, les familles jouent leurs héritages. Il faut comprendre là, qu'il est interdit aux classes populaires d'y accéder, de participer et donner sa voix à ces enjeux économiques, éthiques, esthétiques. Ces classes ont une place attribuée : elles forment le public, qui paie un droit d'entrée aux Musées). Tout serait tacite, ou chuchoté dans des alcôves étriquées bourgeoises, et les grandes lois officielles seraient écrites en grand, sur des banderoles, et même gravées dans le marbre.

Innocence de celles et ceux qui ne connaissent pas ces ligues de pouvoir, ces clubs secrets, ces modèles impertinents et hors la loi, pour qui rire et se moquer n'est qu'un clin d’œil et qu'il n'y a pas mort d'homme. Le cynisme devient une marque de camaraderie, et trouver la cible idéale, l'enthousiaste, une recherche de tous les moments afin de consolider des liens mortuaires fugaces, l'envie que le bien disparaisse, que ce qui est bon devienne très mauvais, que ce qui est beau devienne la chose la plus dégueulasse à exclure de notre monde.

Inverser les principes peut être finalement ce que les institutions enseignent le mieux, mais pour le pire des individus sans discernement.

Être face à son ignorance.

N'est-ce pas ce Dieu qui dit à St Pierre : Mais qu'est-ce que tu as foutu !!! Trou du cul !!! Je t'avais donné les clés, ce n'était pas pour les enfoncer dans tous les trous !!!

Les Saints ne cherchent plus toute leur vie, ils s'amusent à trouver. La vie passe trop vite. Et comme plus personne ne distingue qui est Saint, les clés sont données et même vendues, sans qu'elles ne véhiculent plus de message, sans médiation.

Le Vatican est un temple troué, un panier percé... à jour. Un refuge d'humains complice dans l'inhumanité, une impunité totale.

Avoir les clés dans la tête sans jamais trouver de serrure dans la société.

Les cinémas abandonnés sont peut-être la plus belle idée du cinéma.

Les métros sont des expériences réelles de la vie souterraine.


Paysage Par kiwaïda at 15:27

21/02/2019

万引き家族

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Un film que j'ai bien apprécié (Une affaire de famille - 2018 de Hirokazu Kore-eda),
et des photos que j'ai réalisées d'une rose ci-dessous, de la St Valentin, avec une coquine cachée de la même couleur...


Film Par kiwaïda at 13:04

18/02/2019

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Les narines (Photographie © Sonia Marques - 2016)

Texte à propos des photographies nommées "Les narines", écrit en 2016

Tout d’abord il y a une marche sans carte dans le limousin, loin des villes et de la route. Tout en marchant, à la fin de l’hiver et en s’engouffrant dans un sentier qui traverse un hameau, il y a la découverte d’un trou. Plus précisément d’une porte, qui mène à un souterrain, tapie sous un arbre, ou plutôt d’où jaillissent des racines. Une petite colline recouvre cette ouverture, le paysage est bombé et plusieurs arbres autours semblent protéger l’issue de ce souterrain. Un être humain peu s’y engouffrer seulement s’il accepte de se baisser suffisamment pour être à la taille d’un petit enfant. Il faut qu’il rapetisse. D’ailleurs aucun adulte ne peut voir cette porte seuls les enfants et les petits animaux peuvent la voir. Tout cela me rappelait Alice au pays des merveilles, mais aussi la possibilité que ce souterrain ai servi lors de guerres où l’ennemi occupait les terres. Alors j’ai regardé à travers le trou. J’ai vu un passage, celui-ci devenait une grotte.

Le reste m’appartient, la suite de l’histoire. J’ai réalisé 4 photographies pour ce souvenir.

Puis j’ai pris des notes. Réaliser des photographies d’un tel paysage était auparavant inconcevable dans mon travail artistique. La réalité que représentent mes prises de vue documentaires, je m’en sers comme croquis ou point de vue, n’est jamais posée et travaillée comme une réalisation artistique. Hors, ce qui diffère ici, c’est cette ouverture. Même si cette ouverture est cachée, et tenue secrète, elle fait office d’un accès à l’imaginaire qui est devenu infini et propice à une trace, des photographies en guise de document de cet accès.

Le saut dans le monde de la fantaisie ou des fantasmes est spécifique, il est à l’écart de toute conscience. S’attarder dans ce domaine c’est accéder à la rêverie, lambiner, parvenir au monde des merveilles. Que celui-ci se situe dans un paysage naturel, que personne ne peut voir, en passant tout le temps devant, est d’autant plus surprenant et magique.

Pénétrer dans le trou, par la porte de l’impossible possible. S’avancer dans le tableau de l’origine du monde de Gustave Courbet pourrait exciter les psychanalystes, mais ce n’est pas de cet ordre là, dont s’occupe cette porte ouverte. Elle mène à un souterrain, rentrer sous terre par cet interstice c’est passer du côté des racines. Celles-ci sortent à l’extérieur, comme si elles n’avaient même pas le droit d’entrer sous terre.

Ce souterrain serait sans racines.

Ce trou désigne un savoir interdit, impossible. Il troue le savoir. Il est même hors de portée de toute analyse et des spécialistes des analyses, des psychanalystes. Et pourtant, hors-je, j’y ai eu accès très simplement. Je suis même revenue, le revoir et l’expérimenter. Ce savoir qui échappe, qui est bien là, retrouvable, quelque part, mais hors de portée, je l’ai bien trouvé. Et cette découverte est assez géniale.

La porte ne s’ouvre pas à tous, elle s’ouvre à l’ami et se resserre face à l’ennemi.

Retrouvable la porte s’entrouve de nouveau. Personne ne frappe à la porte car elle est ouverte à qui sait la voir. Sinon, elle reste le seuil impénétrable à qui n’est pas apte à se tenir face au nombre, à l’illimité, car elle n’a pas de limite.

S’il n’y a pas de porte, il y a le corridor à traverser, l’accès à une caverne, ou deux, ou trois, lieux de choix initiatiques, de transformations. Ces espaces-grottes sont des temporalités étendues de repos et extensibles.

Bachelard dit : « La grotte est un refuge dont on rêve sans fin. Elle donne un sens immédiat au rêve d’un repos tranquille, d’un repos protégé ». Elle a la fonction d’un « rideau naturel ». Lieu idéal de refuge pour les poètes et écrivains, les combattants, résistants ou terroristes.

Dans « Le roman d’un enfant », l’écrivain, Pierre Lotti décrit sa grotte (1890) avec affection, comme une régénérescence : “C'est aussi le coin du monde auquel je reste le plus fidèlement attaché, après en avoir aimé tant d'autres comme nulle part ailleurs, je m'y sens en paix, je m'y sens rafraîchi, retrempé de prime jeunesse et de vie neuve. C'est ma sainte Mecque, à moi, ce petit coin-là; tellement que, si on me le dérangeait, il me semble que cela déséquilibrerait quelque chose dans ma vie, que je perdrais pied, que ce serait presque le commencement de ma fin. La consécration définitive de ce lieu lui est venue, je crois, de mon métier de mer; de mes lointains voyages, de mes longs exils, pendant lesquels j'y ai repensé et l'ai revu avec amour.”

Ici, j’ai vu ces ventres, dans lesquels, je me suis endormie, acceptant de laisser la géographie terrestre pour accéder à la céleste, sans intermédiaire.

Un jour, je regarde sur un petit miroir mon visage. Ce que je vois est extraordinaire, je tombe nez à nez, avec mes narines. Je vois exactement ces 2 cavernes prises en photos, dans un jardin secret. Avoir du nez !

Il est dit de ce terme « narine » ce qui désigne chacun des deux orifices extérieurs du nez, bordés par les ailes du nez. Chez les vertébrés, les narines sont généralement des organes pairs situés au-dessus de la bouche. Elles sont impliquées dans les systèmes respiratoire et olfactif.

Leur fonctionnement est assez magique :

L'air entre dans la cavité nasale en passant par les narines. Grâce à la présence de poils et de mucus, les narines permettent une filtration de l'air inspiré pour le débarrasser des particules étrangères. Les narines jouent aussi un rôle d'échangeur thermique : l'air inspiré est réchauffé et, en même temps, la fraîcheur de l'air peut être récupérée par le circuit sanguin pour rafraîchir le cerveau. 

Chez les mammifères, le nom change, on dit pour le cheval, les naseaux. Pour l'éléphant, le nez et la lèvre supérieure forment la trompe. L'animal peut dresser sa trompe en l'air afin de détecter des odeurs. Chez les cétacés, la narine forme l'évent, simple ou double, qui s'ouvre généralement au sommet de la tête.

Les trous de nez que j’ai observé sont semblables à ces cavités nasales que j’ai photographiées. Ce rafraîchissement de cerveau est d’autant plus surprenant, qu’il arrive dans un moment, ou respirer devenait très important, dans mes activités artistiques et pédagogiques.

Lorsque l'on se recroqueville dans un coin, sous un drap, dans un silence, dans la nuit, dans un abri confiné, la première chose que l'on entend, c'est sa propre respiration, son souffle, sa vie, son être vivant.

J’étais en disposition de changer d’école et mon enseignement trouvait une autre place. L’ambiance nauséabonde de l’école d’art de Limoges, me sortait littéralement par les trous de nez. D’où cette expression magnifique. Les marches dans le limousin furent des espaces de réflexions privilégiés et préservés, lors desquelles, j’ai fait plusieurs découvertes. L’acte de chercher en arpentant, tout en cheminant, à ouvert des portes, alors que je découvrais, comme pour ce travail, que les portes n’étaient même pas fermées.

J’étais assez dégoûtée de l’école d’art et sa direction, et jamais je n’aurai pu l’être autant si celle-ci ne m’avait pas accusée d’être une saleté remarquable, jusqu’à m’envoyer au tribunal de Limoges pour me faire payer, par l’intermédiaire d’une dette inventée, le droit d'enseigner et d'être honnête. Une punition déguisée, un abus de pouvoir, pour, en vérité, me juger d’être intelligente, créative et excellente professeure. Et comme ce n'était pas assez, celle-ci me saisi une part importante de mon salaire, le sel de la vie, sans me prévenir, jalouse que j'enseigne dans une autre école, avec un contrat règlementaire. Et comme ce n'était jamais assez, celle-ci me remplaça par un étudiant de l'école, afin que je reste sans travail, et que soit usurpée ma fonction. C'est ainsi que je suis restée dans ma ville, Limoges, tandis que cette école, dans cette même ville, tentait d'organiser ma disparition, d'effacer mes traces. Mais peut-on effacer la respiration singulière, invisible, de l'air que nous partageons, que nous respirons tous ? Il fallait bien que mes collègues trouvent une raison : j'étais devenue une feignasse, c'est pourquoi, il fallait absolument me remplacer et au plus vite, puisqu'on ne me voyait plus et puisque l'on m'avait trop vue, trop habiter ma ville, être là, présente au territoire. Les injonctions paradoxales qui pétrifient et sidèrent nous inclinent à l'immobilisme, à la mort. N'ayant pas cette habitude de paresser dans mon enseignement, je me suis lovée dans ce mot nouveau, de celle qui ne fait rien. Je n'ai rien fait. Plus rien. J'entendais juste ma respiration, la priorité des êtres vivants, gisants.

Cette connaissance du dégoût, je le découvrais par la discrimination en milieu professionnel. Je l’analysais comme dégoût de cette perversion de domination, de ce vouloir avoir un pouvoir sur l’autre. Ce qui était très loin de mes préoccupations poétiques.

Ce dégoût n’était pas de l’ordre esthétique ou hygiéniste comme ces accusations tentaient de m’emmener sur un terrain très confus, celui  du rejet de l’autre que cette direction avait clairement écrit.

Hors, des saletés remarquables sont l’apanage des œuvres d’art. L’histoire de l’art, la beauté et le laid, la mauvaise peinture, la mauvaise fille, sont des sujets forts recommandés pour s’affranchir des conventions et de la bienséance petite-bourgeoise.

Cette découverte fut le signe d’une grande respiration et aussi du couloir des possibles, afin de rejeter fermement les racismes et les maltraitances.

Les narines célestes sont le chemin sous terre pour accéder au divin, de façon directe et sans intermédiaire.


LES NARINES




(Photographies © Sonia Marques - 2016)

Que reposent en paix les narines.


Art Par kiwaïda at 12:52

17/02/2019

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Les institutrices seront remplacées par le cinéma, la Tévé, l'électronique, des trucs comme ça, c'était aussi écrit dans le journal l'autre jour, n'est-ce pas Albertine ? Oui c'est vrai. Alors je serai astronaute. Voilà, faut être de son temps. je serai astronaute pour faire chier les martiens.


Film Par kiwaïda at 15:58

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